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Le mythe de Œdipe (ou Oidipous ou Œdipus)



Œdipe selon Homère

Suivant Homère, Œdipe, fils de Laïus et d'Épicaste, ignorant la parenté qui l'unissait à eux, tua le premier et consomma avec Epicaste un mariage incestueux. Lorsque le crime fut connu, la mère-épouse se pendit. Œdipe, poursuivi par les Furies maternelles, continua, cependant, de régner à Thèbes. Il périt plus tard dans un combat, et les Thébains honorèrent sa mémoire par des cérémonies funèbres.
Homère ne nous dit rien de plus sur ce personnage célèbre, qui joue un si grand rôle dans la mythologie antique et dans les compositions des poètes. Type effrayant de l'homme poursuivi par la puissance du destin, si l'on considère isolément les diverses parties de son mythe, il apparaîtra sous un autre aspect, quand l'œil aura embrassé, d'une vue d'ensemble, les membres de cette immense conception. L'Œdipe à Colone de Sophocle est là pour témoigner que la croyance antique ne livrait pas la volonté humaine à l'arbitraire d'une puissance fatale, sans lui laisser l'espoir de la réhabilitation. C'est ainsi qu'Œdipe, après une vie agitée et pleine de forfaits, auxquels son cœur n'a point pris part, vient mourir glorieusement dans le sanctuaire des Euménides.


Œdipe selon les poètes postérieurs

Les poètes postérieurs rapportent ainsi les traditions relatives au malheureux roi thébain: Laïus, fils de Labdacus, roi de Thèbes, avait épousé Jocasfe, fille de Mœnécée et sœur (ou fille) de Créon, et l'oracle d'Apollon lui avait prédit qu'un fils qui naîtrait de cette union lui ôterait la vie. Jocaste donna en effet le jour à un fils, et Laïus, afin d'échapper au destin dont le dieu l'avait menacé, prit cet enfant trois jours après sa naissance, lui perça les pieds, et ordonna qu'on le fit périr. Jocaste chargea de cette affreuse commission un esclave qui gardait, sur le Cithéron, les troupeaux du roi. Mais cet homme s'émut à la vue du pauvre enfant, et, n'ayant pas le courage de le tuer, il le donna à un autre berger, qui gardait, sur la même montagne, les troupeaux de Polybe, roi de Corinthe.
Suivant d'autres, ce n'était pas Laïus, mais son berger qui avait percé les pieds de l'enfant. Et cet homme n'avait commis cet acte de barbarie, que pour suspendre à un arbre sa malheureuse victime, en passant une courroie dans ses blessures. C'est dans cet état qu'Œdipe avait été trouvé par le berger de Polybe. Suivant Hygin, c'était la femme même de ce prince qui l'avait détaché.


La première partie de la vie d'Œdipe

Porté à Corinthe, le jeune Œdipe fut adopté par Polybe et par Mérope (nommée aussi Méduse ou Péribée), épouse de ce prince, qui, n'ayant point d'enfant, l'éleva comme s'il eût été son fils. Il croyait l'être en effet, lorsqu'un jour un propos tenu par un homme ivre, dans un festin, lui fit concevoir des doutes sur sa naissance. Il alla à Delphes consulter Apollon. Mais le dieu, sans éclaircir ses doutes, lui déclara que les destins avaient décidé qu'il tuerait son père, épouserait sa mère, et donnerait, avec elle, le jour à une race exécrable.
Justement effrayé de cet oracle, Œdipe résolut de ne plus retourner à Corinthe, et partit en dirigeant ses pas du côté de la Béotie. Sur la route de Delphes à Daulis, à l'embranchement de celle de Thèbes, dans un chemin creux et étroit, un char lui barra le passage. Un vieillard, qui était assis, lui intima, d'une voix impérieuse, l'ordre de s'écarter. Il ne le voulut pas, et essaya de repousser les chevaux. Une lutte s'ensuivit. Il fut vainqueur, et le vieillard, ainsi que quatre des cinq hommes dont il était accompagné, ou seulement Polyphontès, Polyphétès ou Polypoetès, conducteur du char, tombèrent sous ses coups. Ce vieillard, c'était Laïus.
Œdipe vint ensuite à Thébes. Le Sphinx en décimait les habitants, et Créon, aux mains duquel les rênes du gouvernement avaient été confiées, à la nouvelle de la mort de Laïus, offrait le trône de ce prince et la main de sa veuve à celui qui devinerait l'énigme proposée par la vierge ailée. Œdipe voulut encourir la chance. Il réussit, devint roi de Thèbes, épousa sa mère, et en eut quatre enfants: Étéocle, Polynice, Antiqone et Ismène. Suivant d'autres, ces enfants n'étaient pas nés de Jocaste, mais d'Euryganie, qu'Œdipe avait épousée après la dissolution de son premier mariage.
Au bout de quelques années, une épidémie se déclare. Créon est envoyé à Delphes pour consulter l'oracle: « Le fléau, répond le dieu, ne cessera pas que les Thébains n'aient chassé de leur territoire le meurtrier de Laïus. » Aussitôt, Œdipe se livre, pour trouver le coupable, à de nombreuses perquisitions, et il arrive ainsi à la découverte de toutes les horreurs qui, sans qu'il le sache, se sont accumulées sur sa tête. Jocaste cède alors à son désespoir, et se pend avec sa ceinture. Lui-même, arrachant les agrafes du manteau de cette malheureuse, il s'en sert pour se crever les yeux.
Ici se termine la première période de la vie d'Œdipe, sur la tète duquel se sont accumulés tous les malheurs qui peuvent accabler un mortel. Sophocle, qui en a retracé les détails dans Œdipe roi, auquel nous avons emprunté cette rapide esquisse, va nous fournir la contre-partie de cette histoire terrible, dans une seconde pièce, Œdipe à Colone, qui, inférieure à la première, sous le rapport de l'art dramatique, lui est supérieure pour l'élévation de la poésie et la pureté des idées morales.


La seconde partie de la vie d'Œdipe

Œdipe, après s'être crevé les yeux, avait prié Créon de l'éloigner des lieux qu'il avait souillés par ses crimes involontaires. Créon s'y était refusé: « C'est aux dieux, avait-il répondu, à t'accorder cette faveur. » Œdipe était donc resté dans sa patrie, où Créon exerçait l'autorité souveraine, en attendant que les fils de sa sœur fussent assez âgés pour qu'on pût la leur confier. Mais il se fatigua bientôt du voisinage du prince à la place duquel il régnait, et il chassa le malheureux aveugle. Les fils d'Œdipe étaient en âge de le défendre, mais ils ne le firent pas. Ne pouvant empêcher Créon de le bannir, il était de leur devoir de l'accompagner, afin de lui rendre plus légères les fatigues et les douleurs de l'exil, mais ils ne le firent pas, et laissèrent ce soin à leurs sœurs.
Œdipe, dans sa douleur, appela sur eux la colère des dieux, et partit accompagné de la seule Antigone. Bientôt après, Créon se démit de l'autorité souveraine, et la céda à Polynice, l'aîné des fils d'Œdipe. Mais Étéocle prétendait régner aussi. Il conspira contre son frère, le renversa du trône, et le chassa de Thèbes. Un oracle avait prédit à Œdipe qu'il trouverait la fin de ses malheurs dans la demeure des Euménides. Un autre oracle annonce aux Thébains que ceux-là qui le posséderont, lui ou sa cendre, seront vainqueurs de leurs ennemis. Ils envoient Créon pour le prier de revenir. Créon le rencontre à Athènes, mais Ismène l'a devancé, et a prévenu son père du véritable motif de son voyage. C'est en vain qu'il emploie la persuasion pour engager Œdipe à se rendre aux vœux de ses concitoyens. Œdipe ne lui répond que des paroles de colère. Créon veut alors essayer d'employer la violence. Il fait enlever par ses gens Antigone et Ismène, mais, aux cris d'Œdipe et du chœur, Thésée arrive, fait respecter celui qui est devenu son hôte. Et les Athéniens, reprenant aux Thébains les deux filles d'Œdipe, s'empressent de les rendre à leur père.
Polynice, chassé de Thèbes, a épousé la fille d'Adraste, roi d'Argos, et il se prépare à aller à la tête d'une nombreuse armée, reconquérir son trône. Mais il connaît l'oracle rendu au sujet d'Œdipe. Voulant assurer à sa cause une nouvelle chance de succès, il vient trouver son père, et le conjure de prendre parti pour lui. Œdipe lui répond en renouvelant les imprécations qu'il a autrefois prononcées contre lui et contre son frère, et Polynice se retire en priant ses sœurs de ne pas laisser son corps sans sépulture, quand les imprécations, de son père se seront accomplies.
Bientôt après le tonnerre se fait entendre. A ce signal, Œdipe reconnaît l'approche de sa mort, et, lavé de ses crimes involontaires par ses nombreux malheurs, la voit arriver sans effroi. Il sait qu'il n'a été qu'un instrument dans la main des dieux, lesquels lui accordent une mort glorieuse et la fin calme du juste. Il fait appeler Thésée, le conduit dans un lieu écarté, et là disparaît d'une manière mystérieuse, laissant aux Athéniens, pour prix de leur généreuse hospitalité, son tombeau, qui, suivant les oracles, doit les rendre à jamais vainqueurs des Thébains. Cachée à tous les yeux, suivant Sophocle, de peur sans doute que ce palladium ne tombât entre les mains des ennemis, la tombe d'Œdipe devint visible plus tard. On la montrait à Athènes du temps de Pausanias.


Une autre version du mythe

Une tradition tout à fait insolite, rapportée par un scoliaste d'Euripide, fait d'Œdipe un fils de Laïus et d'Euryclée, qui, jeté à la mer dans un coffre, et recueilli sur la côte de Sicyone par Polybe, fut aveuglé plus tard par celui-ci.


Les représentations d'Œdipe

Divers bas-reliefs et des pierres gravées représentent les principaux épisodes de la fable d'Œdipe, tels que le meurtre de Laïus, et l'entrevue avec le Sphinx.


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