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Le mythe de Tabou



Un interdit solennel

Le tabou est un interdit solennel qui couvre toutes les contrées polynésiennes. Ce mot signifie proprement une interdiction complète, une rigoureuse prohibition du contact et de la vue. Toute chose déclarée tabou est sainte et sacrée, et, pour un temps plus ou moins long, du domaine de la divinité.
Dans l'origine le tabou fut limité sans doute aux objets du culte, plus tard on en agrandit l'usage, et ce fut une arme puissante dont les chefs se servirent pour gouverner des peuplades grossières. Mis sous la protection de cette singulière institution, les dieux, les temples, les rois, les prêtres, les divers objets à l'usage de ces personnes privilégiées, jouissent d'une inviolabilité continuelle.


Le tabou à Hawaï

A Hawaï, les animaux et les autres objets offerts aux dieux étaient tabou pour les femmes. Certains lieux, comme ceux où se baignait le roi, étaient constamment tabou. Quant au Tabou temporaire qui frappait quelque localité, quelques individus, des animaux même, il durait quarante jours avant Tamea-Mea, qui le réduisit à cinq. Il pouvait être plus ou moins rigoureux. Quand il régnait dans toute sa force, il offrait une grande analogie avec l'excommunication du moyen âge.
Dans le district taboué, on ne pouvait ni allumer des torches, ni monter en pirogue, ni se baigner. On liait la gueule des chiens et des cochons pour qu'ils ne criassent pas, et l'on enfermait les poules dans des calebasses.


La marque du tabou

La marque du tabou était certains signes nommés ounou-ounou, que l'on plaçait sur les choses tabouées. Un pieu auquel on attachait un morceau d'étoffe indiquait une localité tabouée. Un arbre soumis à la même interdiction était entouré d'une feuille de cocotier. Quant aux animaux, on leur passait une tresse dans l'oreille.
Le tombeau de Tamea-Mea, regardé comme sacré par les insulaires, est précédé de deux bâtons en croix qui indiquent l'inviolabilité de ce monument.


La violation du tabou

La violation du tabou était punie de mort, à moins que le coupable ne pût employer le crédit de quelques amis puissants.
On avait cependant établi des lieux d'asile, nommés Pahou-tabou, où le violateur du plus saint tabou trouvait un refuge assuré. Ces lieux, également ouverts aux criminels, étaient absolument inviolables pour toute espèce d'autorité.


Le tabou à Nouka-hiva

A Nouka-hiva, le tabou règne autant que partout ailleurs. Il frappe les aliments recherchés, comme les cochons, les tortues, les bonites, réservés aux classes privilégiées. Les personnages taboues ont seuls accès dans leurs demeures. En revanche, ils peuvent aller partout et manger de tout. Un tabou temporaire pèse cependant sur eux à certaines époques.
Par ailleurs, cette institution, exploitée postérieurement par les puissants, était fort belle dans son origine, et servit plusieurs fois à empêcher de sanglantes collisions entre diverses peuplades séparées par un bras de mer déclaré tabou. A l'abri de ce mot, le pouvoir religieux et l'autorité du souverain pouvaient fonctionner librement.
Du reste, à Nouka-hiva, le tabou s'est singulièrement modifié dans ses effets. Ainsi, si un homme tabou pose ses mains sur une natte à dormir, elle ne doit plus servir de couche, mais on peut en faire un habillement ou une voile à pirogue.


Le poids du tabou sur les femmes

A Tahiti, qu'on pourrait appeler la métropole du tabou, cette institution était en pleine splendeur. Elle avait les mêmes effets que ceux décrits plus haut, avec des complications fatigantes, et pesait principalement sur les femmes, qui adoptèrent avec joie le christianisme pour se délivrer de leur sujétion.
Dans l'archipel Tonga, le tabou se montrait beaucoup plus tolérant. Il ne pesait pas sur les femmes avec autant de rigueur, et sa violation se lavait au moyen de certaines cérémonies expiatoires. Enfin, à la Nouvelle-Zélande, le tabou régnait dans toute sa force, et il était employé par les chefs comme un puissant moyen de domination.


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