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Le mythe de Titans (ou Titanes ou Titènes ou Ouraniones ou Titaivides ou Ouranidai)



La fable des Titans

Les Titans sont les fils d'Uranus (le Ciel) et de Gé (la Terre). Il sont également les frères des Hécatonchires et des Cyclopes. Avant leur naissance, Uranus avait précipité leurs frères dans le Tartare. La Terre, irritée, engagea les Titans à se révolter contre lui, et arma à cet effet Saturne d'une faux de diamant, au moyen de laquelle celui-ci mutila son père. Du sang d'Uranus naquirent les Furies, les Géants, les Mélies, et Vénus. Les Titans donnèrent ensuite le trône à Saturne, et délivrèrent leurs frères captifs. Le nouveau roi du ciel commença par rejeter les Cyclopes dans leur prison. Puis il épousa sa sœur Rhée (ou Ops, suivant Ovide).
Cependant, Uranus et la Terre lui ayant prédit qu'il serait détrôné par un de ses enfants, il les avalait à mesure qu'ils venaient au monde. Vesta, Cérès, Junon, Pluton et Neptune disparurent ainsi. Rhée parvint à sauver Jupiter. Métis fit rendre à Saturne les enfants qu'il avait avalés, et, réunis à eux, Jupiter commença une guerre contre son père et contre les Titans. Cette lutte, qui est connue sous le nom de Titanomachie, eut lieu en Thessalie. Les Cronides étaient postés sur l'Olympe et leurs adversaires sur le mont Othrys. Au bout de dix ans, la Terre prédit la victoire à Jupiter, s'il appelait à son secours les fils d'Uranus, que Saturne avait précipités dans le Tartare. Jupiter, ayant tué Campé, gardienne de leur prison, les délivra. Les Cyclopes donnèrent alors à Jupiter l'éclair, le tonnerre et la foudre, à Pluton un casque magique, et le trident à Neptune.
Vaincus par les Cronides, les Titans furent relégués dans le Tartare, et mis sous la garde des Hécatonchires.


Le développement du mythe

Si l'on s'en rapporte à la Bibliothèque d'Apollodore et à la Théogonie d'Hésiode, telle que nous la possédons aujourd'hui, rien de plus simple que la nomenclature et la généalogie des Titans. Mais ces données sont loin de s'accorder avec les légendes transmises jusqu'à nous par les poètes de tout âge, et surtout par les auteurs romains. Le fait capital du mythe des Titans, leur lutte contre l'Olympe, se trouvant reproduit sous des formes diverses dans les écrits des mythologues, il en est résulté une confusion extraordinaire. Les Titans et les Géants sont continuellement pris les uns pour les autres. Dans Ovide, ces derniers, confondus avec les Hécatonchires, sont représentés comme ayant cent bras. Horace suit la même tradition erronée, et range au nombre des Titans les géants Mimas, Porphyrion, Rhœtus et Encelade. Typhée, qui n'appartient nullement à cette famille monstrueuse, est de même compris au milieu d'elle. Pour se reconnaître au milieu de cet amalgame de traditions, il importe d'adopter l'ordre historique, qui, en nous faisant suivre pas à pas les développements de l'idée première, nous permettra de concevoir les mutations qu'elle a subies.
Avant cependant de nous livrer à cet examen, nous devons remarquer que, suivant certains mythologues, le mythe des Titans se rapportait à la formation et au développement des productions de la nature sous l'influence du ciel, phénomène personnifié sous la forme de Géants. En ce cas, les légendes des Aloades, des Titans, des Géants et des Cyclopes, qui se touchent par ce point commun, l'énormité de leur stature, indiqueraient la manifestation de phénomènes identiques (volcaniques peut-être), dans des pays différents. Cette opinion tire une grande vraisemblance de ce fait constant que, dans les auteurs, le lieu du combat, toujours flottant, est spécialement indiqué par eux comme se trouvant dans une contrée volcanique. Une autre conjecture, qui n'implique pas la négation de la première, regarde ces mythes divers comme une même légende, localisée dans des pays offrant les mêmes caractères géologiques. On a peine à croire, en effet, que les luttes d'Uranus et des Hécatonchires, de Saturne et de ses fils, des Olympiens et des Titans, ainsi que celle des Aloades, et enfin, l'escalade des Géants, soient autant de conceptions parfaitement étrangères l'une à l'autre.


Les Titans selon Homère

Dans Homère, rien de précis qui constate la lutte des Titans contre Jupiter. Le poète semble avoir oublié cette lutte offensante pour la majesté du dieu suprême, et n'avoir gardé que le souvenir de la défaite des adversaires de l'Olympe. Les Titans, enfermés dans le Tartare, ne sont pas désignés nominativement. L'Iliade mentionne seulement Japet et Saturne. Quant à leur origine, Homère les désigne implicitement comme fils d'Uranus, Ouraniones. Il applique aussi ce surnom aux dieux Olympiens. Les peuplades fabuleuses, identifiées par les poètes romains avec les Titans, n'ont rien qui les rattache à ce peuple. L'Hécatonchire Briarée, géant marin, prête son secours à Jupiter contre les dieux Olympiens et non contre les Uranides, et ses frères ne figurent nullement. Quant aux Géants et aux Cyclopes, ils n'ont aucun caractère divin, et ne s'éloignent de l'homme que par une conformation particulière. Ennemis de Jupiter, on ne les voit pas combattre contre lui. Il est seulement dit que les dieux, irrités de la perversité des premiers, les firent périr.
A côté de ces peuplades gigantesques, s'en dresse une troisième, celle des Aloades, qui entreprirent d'escalader les cieux, et, pour cet effet, entassèrent Pélion sur Ossa. Ils furent tués par Apollon.


Les Titans selon les autres poètes

Dans Hésiode, ainsi que nous l'avons vu, la famille des Titans se complique et s'harmonise. Les Titans proprement dits sont au nombre de douze, Océan, Cœus, Crios, Hypérion, Japet, Saturne, Thia, Rhée, Thémis, Mnémosyne, Phébé, Téthys. Ce passage de la Théogonie est contraire en quelques points aux données de l'Iliade. En effet, dans ce poème, l'Océan, loin d'être né d'un dieu, est la source de tout. Cœus, Crios, Mnémosyne, Phébé ne sont pas même nommés, non plus que Thia, qui, dans l'hymne homérique à Apollon, est remplacée par Euryphaessa. Enfin, Rhée, Thémis et Téthys figurent sans indication d'origine. On soupçonne même d'interpolation les deux passages de l'Iliade où se trouve le nom de la première.
Les autres Titans sont:

  • Les Hécatonchires, parmi lesquels nous retrouvons le Briarée d'Homère, assisté de deux frères, Cottus et Gyès.
  • Les Cyclopes Titaniques. Ils ne forment plus un peuple humain comme dans Homère, mais une triade divine, personnifiant les effets de la foudre. Leurs noms sont les suivants: Argès, Stéropès, Brontès.

De même, les Géants, nés, suivant Hésiode, du sang de Saturne, se changent de peuplade humaine en êtres divins. C'est ici le lieu, à l'occasion de cette déformation des légendes primitives, de mentionner une tradition suivant laquelle un ancien peuple, souche du genre humain, portait ce nom de Titans. Il habitait Cnosse, et, hostile à Jupiter, fut mis en fuite par le son de la flûte de Pan. On serait autorisé à accorder, d'après la transformation subie par les Cyclopes et les Géants dans Hésiode, que ce mythe d'un peuple titanique est antérieur à tous les mythes Uraniens. Mais on se gardera d'une conclusion précipitée en remarquant que, postérieurement à Hésiode, les Cyclopes subirent une nouvelle transformation, et redevinrent une peuplade occupée, soit de travaux de forges, comme les Cyclopes Vulcaniens, imaginés d'après les données d'Homère et d'Hésiode, et qui portent en partie les mêmes noms que les Titans, soit de constructions gigantesques.
Quant aux autres personnages, nés du sang de Saturne, ce sont, suivant Hésiode, Vénus, les Furies, et les Mélies. La première est, dans Homère, fille de Jupiter et de Diane. Les secondes n'ont aucune origine déterminée, et les Mélies ne sont même pas mentionnées. Ici finissent les Titans proprement dits. Mais, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ce nom, qui, dans l'origine, parait n'avoir été appliqué qu'au troisième groupe des fils d'Uranus et de la Terre, est donné abusivement, soit à des divinités telles que Cérès, Diane, Phorcys, Hécate, Latone, Hélios, Sélèné ; soit à des êtres semi-divins tels que Prométhée, Pyrrha, Circé. Il en résulte que, sous le nom de Titans, la mythologie syncrétiste des derniers âges était arrivée à comprendre:

  • Les Uranides, dont nous avons donné la nomenclature.
  • Les Pontides: Nérée, Thaumas, Phorcys, Céto.
  • Les Cronides: Vesta, Cérès, Pluton, Neptune, Jupiter, Junon.
  • Les Océanides.
  • Les enfants de Cœos, Latone et Astérie.
  • Les enfants de Crios, Astrée, Pallas, Persès.
  • Les Perséides.
  • Les Hypérionides: le Soleil, la Lune et l'Aurore.
  • Les Héliades.
  • Les Japétides: Atlas, Ménèce, Prométhée, Épiméthée.
  • Les Néréides.
  • Les Thaumantides: Iris, les Harpies.
  • Les Phorcydes.

Mais il faut se garder de croire que cette immense famille fut acceptée avec cette régularité systématique par les croyances populaires et dans les écrivains. La plus grande partie des membres qui la composaient avaient jusqu'à deux ou trois généalogies, toutes aussi populaires les unes que les autres


Quelques variantes du mythe des Titans

Nous avons essayé de montrer comment la famille des Titans, à peine indiquée dans Homère, s'était successivement étendue et transformée sous l'influence d'idées diverses, jusqu'à former l'immense nomenclature qui nous a été conservée par Apollodore, sans cependant que cette nomenclature fût adoptée d'une manière générale par les Grecs et par les Romains. Il nous reste à parler de quelques traditions insolites, en opposition avec la croyance vulgaire, dont les dissidences n'allaient pas jusqu'à entamer le noyau primitif.
Suivant Apollonius de Rhodes et Tzetzès, les Titans étaient gouvernés, avant le règne de Saturne, par Ophion et par Eurymédon. Etienne de Byzance donne aux Uranides les noms suivants: Adanus, Ostasus, Andès, Saturne, Rhée, Japet, Olymbros. Pausanias parle d'un Titan, nommé Anytus, qui éleva la Proserpine arcadienne. Enfin, les Orphiques dénaturent complètement la tradition vulgaire, par le mélange d'idées empruntées à la cosmogonie phénicienne. Selon eux, le premier être s'appelait Protogonos. Sa fille Rhée épousa Cronos, et d'elle naquirent Gé, Uranus, Pontos, les Vents, tous les dieux et tous les hommes. Jupiter eut d'elle Proserpine. Bacchus Zagreus, fils de celle-ci, fut déchiré par les Titans.


La confusion des Titans et des Géants

Quant à la confusion des Titans et des Géants dans les poètes latins, et surtout dans Horace et Ovide, elle est trop évidente pour qu'on la mentionne comme une divergence de traditions. Nous avons dit quelques mots de la similitude qu'offraient ces deux familles. Le mythe de la seconde paraît calqué sur celui de la première, avec cette différence, qu'il s'y est mêlé un reflet des données homériques. Ils sont détruits par les dieux à cause de leurs crimes. C'est le fait principal mentionné dans l'Odyssée. Dans Hésiode, ils revêtent une origine divine. De là à conclure une attaque contre l'Olympe, tentée aussi par les Aloades, et dans le même lieu que celle des Géants, il n'y avait pas loin. D'ailleurs ils se confondent peu à peu avec les anciens adversaires de Saturne. Comme aux Hécatonchires, Hygin leur donne Gé pour mère. Comme aux Hécatonchires, Ovide leur donne cent bras. Ils n'ont pas de pieds. L'extrémité de leur corps est pisciforme, sans doute par suite d'une confusion entre eux et les mêmes Hécatonchires.
On se rappelle que dans Homère, Briarée a pour demeure la mer. Comme il fallait cependant leur donner la facilité de se mouvoir sur la terre, puisque leur attaque a lieu principalement dans des régions montagneuses, on leur attribua des ailes. Il est inutile de pousser plus loin cet examen. Seulement, on n'aura plus lieu de s'étonner de voir Virgile et Callimaque compter au nombre des Géants le Titan Briarée, et Hygin commettre grossièrement la même faute au sujet de Japet et de Phorcys. Les mêmes aberrations sont répétées dans Horace et dans Ovide, à propos de Riphée, d'Encelade, de Mimas, de Typhon, etc. Eustathe, par une erreur contraire, fait du géant Eurymédon un Titan, père de Prométhée.


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