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Le mythe de Mongh-Ruadh


Mongh-Ruadh est une grande déesse des Némèdes, l'une des races qui peuplèrent l'Irlande. Voici, selon M. d'Eckstein, les diverses traditions qui la concernent.


Une première tradition relative à Mongh-Ruadh

Trois princes issus d'Ir, prétendus monarques de toute l'Irlande, et fils de trois frères qui gouvernaient le royaume d'Ulster, régnaient chacun à son tour pendant vingt ou vingt-un ans. C'est là une disposition systématique particulière à cet arrangement de l'histoire irlandaise, et qui s'y reproduit constamment. On y voit toujours trois princes de la même race prendre alternativement les rênes du gouvernement pendant un espace de temps donné, ou se succéder régulièrement, et tous périssent de mort violente. Cette artificielle combinaison ne laisse aucun doute à quiconque a étudié l'antiquité.
Après s'être longtemps disputé l'empire, les princes dont nous parlons convinrent de régner sept années chacun et de se céder l'empire à l'amiable. Ces sept années répétées trois fois composent le total de vingt-un ans accordés à chacun des rois. De même, quand les Milésiens abordèrent en Irlande, trois dieux des Tuatha-Dadan, trois frères y régnaient. Ils se disputèrent l'empire jusqu'à ce que la même convention d'alterner le pouvoir, au lieu de le partager, les eût conciliés. La reine Mâcha était fille de l'aîné, femme du cadet de ses frères. Elle se nommait Mongh-Ruadh (aux cheveux rouges). Son père, Aodh-Ruadh, se nommait aussi le Rouge (Ruadh). Le second des cinq frères a cinq fils qui disputent l'empire à Mâcha, et ne veulent pas qu'une femme soit maîtresse du gouvernement. L'héroïne Mâcha, redoutable amazone, triomphe des cinq princes rebelles.
Observons encore ce nombre de cinq constamment reproduit dans ces mythes irlandais dont on a fait de l'histoire. Par exemple, le père de Mâcha tue les cinq Luighaidh, qui se ressemblaient de figure comme de nom. Ces cinq Luighaidh rencontrent dans la forêt une sorcière décrépite. Ils la touchent, elle devient jeune et belle. Macha se rend aussi dans la forêt où se sont cachés les cinq ennemis qu'elle a vaincus. Pour se rendre méconnaissable, elle voila ses cheveux rouges, puis elle s'approcha de l'endroit où les frères venaient de faire rôtir un ours sauvage. Les jeunes gens la regardèrent avec étonnement, et l'invitèrent à partager leur repas, ce qu'elle accepta. Un des princes, épris de ses charmes, lui demande une entrevue secrète qu'elle lui accorde. Dans ce rendez-vous Macha saisit le prince, le garrotte, l'attache à un arbre, et revient trouver les quatre frères, qu'elle séduit tour à tour, attire dans des lieux écartés, et enchaîne séparément. Ensuite les ministres de Macha condamnent les princes à mort. Mais Macha leur laisse la vie sous la condition qu'ils lui bâtiront un palais. Elle se sert de la grande aiguille qui relient ses cheveux pour tracer le plan de cet édifice, nommé Eomuin-Macha, du nom de l'instrument employé pour en faire le tracé. Ce fut ensuite la résidence des rois de l'Ulster.


Une seconde tradition relative à Mongh-Ruadh

Suivant une autre version de la même fable, Macha est la femme de Kruin, fils d'Adnamhuin. Il faut savoir que Némed, époux de Macha, est aussi le fils de cet Adnamhuin, l'une des divinités des Tuatha-Dadan. Ainsi Kruin est Némed lui-même sous une nouvelle forme. Konnor, roi de l'Ulster, contraignit Macha à entrer en lice pour disputer le prix de la course à ses chevaux. Elle remporta le prix, et arriva la première au lieu où fut bâti le palais qui porte son nom.
Elle était grosse, et accoucha de deux jumeaux, un garçon et une fille. Dans les douleurs de l'enfantement, saisie d'indignation contre la barbarie de Konnor, elle lança une malédiction contre les guerriers de l'Ulster. Pendant longtemps les héros du Clanna Rughraide furent en proie à des douleurs semblables à celles de l'enfantement. C'est le souvenir effacé d'un mythe fréquent dans les religions antiques, et qui se rattache à la doctrine d'une nature active et passive, tour à tour souffrante et réhabilitée. Suivant cette croyance, les dieux changent de sexe, d'hommes deviennent femmes, de femmes hommes, et leurs sectateurs les imitent.
Cette Macha, déesse des Némèdes et des Tuatha-Dadan, des pontifes et des agriculteurs de l'ancienne Irlande, est transformée en amazone dans l'Irlande guerrière. Elle devient reine, elle reste établie dans l'Ulster, introduite dans son histoire. Et cependant, même à travers cette métamorphose, on voit encore percer le caractère de la vieille divinité, d'une déesse de la nature passive et active, au génie hermaphroditique. Au sexe de la femme, Macha joint le génie de l'homme. Elle est la seule femme qui ait gouverné l'Irlande. Elle adopte, encore enfant, Ugaine More, ce grand roi qui porte les armes milésiennes sur les rives de la Gaule et de l'Ibérie, où il exerce encore ses pirateries.
Pour dernière preuve de l'identité de Macha avec la déesse des Némèdes, ajoutons que dans l'histoire de celle-ci, on voit également paraître quatre frères, quatre architectes. Ce sont quatre Fomoraïces ou pirates établis dans l'Ulster. Ils oppriment Némed et Mâcha, son épouse. Ils sont vaincus et forcés de construire un palais pour Némed. Deux de ces frères se nomment Bog et Robhog: ce sont les Robhogdii de l'Ulster dont parle Ptolémée.
Quand les Milésiens devinrent maîtres de l'empire, une partie des anciens pirates qui avaient quitté leur métier pour se confondre avec les aborigènes et devenir agriculteurs, furent contraints de bâtir des forteresses pour les conquérants, de même que dans les temps antérieurs ils avaient été forcés de construire des temples pour les druides. Tel est le sens de ce mythe défiguré des pirates architectes. Némed fit égorger, selon la tradition, ces quatre architectes le lendemain du jour où le palais fut achevé. Il craignit qu'ils ne construisissent pour d'autres des palais aussi magnifiques que le sien. Doire Lighe fut le théâtre de ce meurtre accompli au lieu même où ils avaient terminé leur édifice, monument de leur génie.
Chez beaucoup de peuples on retrouve la même fable souvent le sang d'un homme arrose et consacre les murs du palais bâti pour le prince. Souvent aussi le cadavre de l'architecte lui sert de fondement. Des traditions toutes semblables se retrouvent parmi les Russes, les Scandinaves et les Serviens. Chaque temple où réside le dieu de l'univers, chaque palais où demeure le roi, pontife-guerrier qui représente cette divinité, offre le symbole du monde entier qui, selon beaucoup de mythes, a été cimenté par le sang d'un Dieu créateur de l'univers offert en holocauste pour conserver sa propre création. Les Fomoraïces ou pirates enseignèrent, dit-on, aux Némèdes l'art de construire des maisons. Ensuite Némed défricha douze forêts, douze Maghs.


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