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Le mythe de Cérès (ou Déméter)



La fille de Saturne

Cérès (chez les Grecs Déméter) est la fille de Saturne et de Rhée. Elle est également la sœur de Vesta, de Junon, de Pluton, de Neptune et de Jupiter. Dévorée comme ses frères et ses sœurs par son père, il la rendit à la suite du vomitif que Métis, fille de l'Océan, lui fit prendre. Elle eut de Jupiter une fille, Proserpine, et, suivant Diodore, un fils, Bacchus. Selon quelques-uns, elle rendit Neptune père de Despoina et du cheval Arion.
Le dieu des mers ne la posséda qu'après une longue résistance. Métamorphosée en cavale et cachée dans un troupeau de juments arcadiennes, elle ne put cependant échapper à Neptune, qui avait pris la forme d'un cheval. Furieuse de sa défaite, elle reçut le surnom arcadien d'Érinnys (furie), ou se métamorphosa en furie, suivant Apollodore. Puis, s'étant apaisée et baignée dans le fleuve Ladon, fut appelée Lousia (la baigneuse). D'autres mythologues disent qu'elle quitta l'Olympe et alla cacher sa honte dans une grotte, d'ou elle ne sortit que sur les instances de Jupiter, auquel Pan avait révélé la retraite de la déesse.


L'enlèvement de Proserpine

Suivant Hésiode, le premier qui ait rapporté ce mythe, si important dans l'histoire fabuleuse de l'antiquité, car Homère ne mentionne pas le rapt expressément, Jupiter, à l'insu de Cérès, avait promis à Pluton qu'il posséderait Proserpine. Ce décret s'accomplit par la volonté divine. Ovide a brodé la tradition antique: il suppose que Vénus, irritée contre Pluton, qui méprise son pouvoir, donne ordre à l'Amour de percer d'une flèche le cœur du dieu souterrain. Claudien réunit les deux fables: dans son poème, Vénus n'agit qu'après la permission formelle de Jupiter.
Enflammé d'amour pour Proserpine, Pluton l'enleva en Sicile, suivant la tradition la plus commune, mais non pas la plus ancienne, car ce pays ne fut pas la patrie originaire du culte de Cérès, qui y parvint par des colonies grecques de Corinthe et de Mégare. Les lieux que les poètes désignent comme ayant été le théâtre de la disparition de la fille de Cérès, sont du reste aussi multiples que les contrées qui s'attribuaient l'honneur d'avoir, les premières, cultivé les arts agricoles. On voit tour à tour figurer parmi eux le pays d'Enna (Diodore), l'Etna (Hygin), Érinée sur le Céphise (Pausanias), Hermione dans le Péloponnèse( Apollodore), Colone en Attique, une île près de la côte occidentale de l'Espagne, les sources de Cyané et d'Aréthuse, etc. C'était à ces sources, dit Ovide, qu'habitait la nymphe Cyané, qui, à l'approche de Pluton et de Proserpine, s'opposa à leur descente dans la terre. Mais le dieu fendit le sol de son sceptre et entra dans son empire.
Hécate et le Soleil furent seuls témoins de la disparition de Proserpine, dont les cris d'angoisses parvinrent jusqu'aux oreilles de sa mère. Ainsi le raconte l'hymne homérique. Suivant d'autres, Cérès apprit cette triste nouvelle des Phénéates ou des Hermioniens ou de Chrysanthis d'Argos, ou d'Eubulus et de Triptolème, ou d'Hélice, ou d'Aréthuse, qui, allant d'Élis en Sicile à travers les profondeurs de la terre, put voir Proserpine, reine des enfers, et révéler ceci à la déesse. Une dernière tradition dit qu'elle apprit sa perte en trouvant la ceinture de sa fille auprès de la source Cyané.
Égarée par le désespoir, elle parcourut la terre pendant neuf jours à la lueur des torches, ou, suivant Ovide, de deux sapins qu'elle avait allumés sur l'Etna, aux sons des cymbales et des tambours, sans prendre d'ambroisie ou de nectar, et sans se baigner. Le dixième jour, elle rencontra Hécate, qui lui apprit qu'elle avait entendu les cris de désespoir de sa fille, sans avoir reconnu le ravisseur. Les deux déesses se rendirent alors chez Hélios, qui, cédant aux prières de la malheureuse mère, lui découvrit que Platon, favorisé de Jupiter, était le ravisseur de sa fille. La déesse, irritée, s'enfuit de l'Olympe et se mêla parmi les hommes. Arrivée à Éleusis, elle prit la forme d'une vieille femme, et s'assit près d'une source à l'ombre d'un olivier, ou, suivant Apollodore, sur le rocher Agelastos, où elle rencontra les filles de Céléos (Callidice, Clisidice, Démo, et Callithoé, nommées aussi Diogénia, Pammérope, Sæsara), qui la saluèrent avec bienveillance et lui demandèrent d'où elle venait. Cérès répondit qu'elle s'appelait Dos, qu'enlevée par des pirates de Crète, elle avait pris la fuite, et qu'elle cherchait un asile chez les habitants d'Éleusis. Les jeunes filles lui nommèrent, parmi les maisons où elle serait reçue avec hospitalité, celles de Triptolème, de Dioclès, de Polyxinos, d'Eumolpos, de Dolichos et de leur père Célios, et retournèrent pour apprendre à leur mère Mantanire l'arrivée de l'étrangère. Mantanire, frappée de la haute taille de la déesse, qui remplit la maison d'un éclat divin, l'accueillit avec respect. Cérès n'accepta cependant le fauteuil que Mantanire lui offrit que de la main de Jambé, et après que celle-ci l'eut couvert d'une toison. Jambé, voyant la déesse plongée dans une tristesse profonde, réussit à l'égayer par ses rires et ses jeux folâtres. Ce fut là que Cérès but le cycéon, breuvage mystérieux, qui figura plus tard dans les Eleusinies. Métanire lui confia son fils cadet, le jeune Démophon, ou, suivant d'autres, Céléos, ou bien Triptolème, qu'elle nourrit de son lait et d'ambroisie. L'ayant mis au feu pour lui donner une jeunesse éternelle en détruisant tout ce qu'il y avait de mortel en lui, elle fut surprise par la mère, qui poussa des cris d'effroi. La déesse lui reprocha son imprudence, parut sous sa forme naturelle, ordonna qu'on lui érigeât un temple et qu'on y enseignât les orgies, son culte mystérieux. Suivant Apollodore, l'enfant fut dévoré par le feu. Mais Cérès, pour réparer cette perte, donna à Triptolème le fils aîné, un char attelé de deux dragons allés, des grains de blé, et lui enseigna l'agriculture.
Le récit d'Hygin diffère de celui d'Ovide en ce que Cérès fut reçue par Éleusinos, dont l'épouse était Cothonée et dont le fils Triptolème fut nourri par la déesse. Suivant d'autres, Cérès, pendant son séjour parmi les hommes, s'arrêta chez Pélasgos à Argos, chez Phylatos sur las bords du Céphissos, auquel elle donna l'olivier, et elle fut également reçue par Trisaulès et Damithalès, qui lui bâtirent un temple à Phénée et y instituèrent ses mystères.
D'autres mythes montrent la déesse en relation avec Baubo d'Éleusis, avec Mismé, qui l'accueillit en Attique et dont elle changea le fils Ascalaphe en lézard. Insultée par des paysans lyciens, elle les métamorphosa en grenouilles.


Le courroux de Cérès

Cependant, toujours irritée de l'absence de sa fille, Cérès frappa la terre de stérilité, brisa la charrue en Sicile, et accabla d'une épidémie meurtrière les hommes et les bestiaux. Jupiter, ému de compassion pour le genre humain, qui allait périr, envoya Iris à Éleusis pour engager la déesse à se laisser fléchir. Mais celle-ci résiste à toutes les instances. Vainement, toutes les dignités de l'Olympe viennent la supplier d'oublier son ressentiment. Cérès jure que la fertilité ne reparaîtra sur la terre que lorsque sa fille lui sera rendue. Jupiter, n'ayant pu l'engager à accepter le roi des enfers pour gendre, lui promit de lui rendre sa fille, pourvu qu'elle n'eût encore rien mangé dans les enfers. Mais Proserpine avait sucé un pépin de grenade, et fut dénoncée par Ascalaphe.
La seule grâce que Cérès obtint de Jupiter fut que Proserpine ne resterait qu'un tiers de l'an (Ovide et Hygin disent la moitié de l'an) auprès de Pluton, et le reste de l'année dans l'Olympe. Alors seulement Cérès rendit la fertilité à la terre. Avant de quitter Éleusis pour remonter dans le séjour des Dieux, elle enseigna à Triptolème, à Dioclès, à Eumolpe et à Céléos, les mystères de son culte et les orgies.


Les autres légendes relatives à Cérès

Parmi les autres traditions principales relatives à Cérès figurent:

  • Sa liaison avec Jasion ou Jasios, natif de Crète, fils de Minos et de la nymphe Phronie. Elle eut de lui Plutus (la richesse). Jasion fut foudroyé par Jupiter.
  • Tantale, père de Pélops, invita les dieux, et, pour les éprouver, leur servit la chair de son propre fils. Ils s'en abstinrent tous, excepté Cérès, qui en mangea une épaule. Tantale fut puni, et Pélops, après avoir été rendu à la vie, reçut de Cérès une épaule d'ivoire en échange de celle qu'elle avait dévorée.
  • Lyncos, roi des Scythes, fut changé par Cérès en lynx pour avoir voulu tuer Triptolème, qu'elle lui avait envoyé.
  • Ayant enseigné ses mystères à Mélissa, femme native de l'Isthme, avec la défense de n'en rien révélera personne, Mélissa fut déchirée par des femmes qui avaient voulu lui arracher son secret. Cérès, pour la venger, leur envoya la peste, et fit naître les abeilles du cadavre de Mélissa.
  • Le serpent nourri par Cychreus à Salamis et chassé par Euryclos fut reçu à Éleusis comme serviteur de Cérès.
  • Érysichthon, fils de Triopas, envahit un jour avec vingt de ses esclaves la forêt consacrée à Cérès, pour y abattre des arbres. Et comme il répondit avec insolence aux menaces de la déesse, qui avait d'abord pris la forme humaine, celle-ci, quittant son déguisement, fit fuir les esclaves devant son éclat divin, et punit Érysichthon en lui envoyant une faim dévorante.
  • Elle préserva Pandaréos d'indigestion, quelque quantité de nourriture qu'il eût prise.
  • On l'adorait aussi comme fille de Saturne et d'Ops et mère de Diane et d'Eubulos ou Eubuleus. Le père de ce dernier était un mortel nommé Dysaulès.
  • Mécon, changé en pavot, fut, dit-on, son amant, ainsi que Céléos, à qui elle accorda ses faveurs pour lui avoir découvert le nom du ravisseur de sa fille.

La déesse de la fécondité et de l'agriculture

Cerès est la déesse de la terre, surtout du sol portant des fruits. Elle préside à l'agriculture. Sous le type de déesse de la fertilité, elle était considérée comme divinité de la fécondité en général, et, par analogie, comme déesse du mariage. C'est pourquoi elle était particulièrement adorée par les jeunes femmes, et ses prêtresses faisaient connaître aux jeunes mariés leurs devoirs conjugaux.
Comme déesse du sol, elle était aussi, de même que tous les dieux champêtres, considérée comme divinité dont l'empire est dans l'intérieur de la terre, là où les rayons du soleil ne peuvent pénétrer. En sa qualité de déesse de l'agriculture, elle est représentée comme aimant la paix et donnant des lois. Elle enseigna l'agriculture aux hommes, et fit jeter par Triptolème les premières semences dans le sein de la terre. Déjà Homère nous dépeint la blonde Cérès comme séparant la paille légère du grain au souffle des vents. Ovide nous dit: « Cérès a, la première, labouré la terre avec la charrue recourbée. La première, elle donna aux peuples des fruits et des aliments plus doux. Cérès donna des lois. C'est aux dons de Cérès que nous devons tout. »
Elle apprit à Triptolème l'art de semer et d'atteler les taureaux. Elle donna aux Phénéates, qui la reçurent avec hospitalité, les plantes légumineuses, excepté les fèves. C'est aussi d'elle que les hommes reçurent le miel, comme nous le prouve la fable de Mélissa.


La symbolique du mythe de Cérès et Proserpine

La fable de Cérès et de sa fille se rapporte à ce qu'en hiver la puissance fécondante et protectrice de la nature disparaît ou plutôt reste cachée dans le sol, où elle domine encore, quoique plongée dans la tristesse et regrettant les rayons du soleil dont elle ne jouit plus. Proserpine, mangeant les fruits du grenadier, est le symbole de la floraison. Comme elle, Proserpine revient au printemps pour vivre pendant deux tiers de l'année dans les régions de la lumière, et pour nourrir de ses fruits toute la création. La disparition apparente et le retour de Proserpine ont été plus tard interprétés, particulièrement dans les mystères, comme se rapportant à l'immortalité de l'âme et regardés comme symbole de cette idée. C'est ainsi que nous les trouvons souvent, représentés sur les sarcophages.
La croyance populaire et les poètes ont beaucoup ajouté au mythe originaire, soit pour expliquer certaines idées de la philosophie des mystères, soit pour donner une origine mythologique à certains usages mystérieux du culte de cette déesse.


Le culte de Cérès

Cèrès était adorée en Crète, à Délos, dans l'Argolide, en Arcadie, en Attique, sur la côte occidentale de l'Asie, en Sicile et en Italie. Son culte était mystérieux et accompagné d'orgies. Parmi ces fêtes figurent les épiscires, en Arcadie, dont nous ne connaissons pas les détails ; les mégalarties, ou la fête des grands pains à Délos ; les proérosies, qui précédaient l'époque du labourage, et se célébraient à Athènes pour toute la Grèce ; les choia, fêtes de la floraison ;les haloa, fêtes de la moisson. Les plus célèbres étaient les Thesmophories. les Éleusinies, et les Céréalies.
On offrait en sacrifice à Cérès le porc, le taureau, la vache, le cycéon, boisson composée de miel pur, de miel en rayons et de fruits. A Phigalie, on ne lui offrait que des fruits et des rayons de miel. Les arbres fruitiers, l'orme, le sapin, l'hyacinthe, le pavot, lui étaient consacrés.
Ses temples, appelés Mégara, se trouvaient souvent dans des forêts et près des fontaines. Il existait de ces temples dans la forêt de Thèbes, sur la route de Tégée à Argos ; dans une forêt de chênes, dans le voisinage de Pellène ; près d'une source, dans la plaine de Pylos ; sans compter ceux qu'elle avait à Athènes, à Eleusis, à Phlionte, à Syracuse, à Enna, et près de Mégalopolis en Arcadie, entre Trézène et Hermione, à Lerne, à Hélos, en Mysie entre Argos et Mycenes, aux Thermopyles, près de Byzance, etc.
Son culte est quelquefois lié avec celui d'autres divinités, le plus souvent avec celui de Proserpine, mais aussi avec celui de Bacchus, qui dans les mystères d'Éleusis est surnommé Jacchos. Il se lie aussi avec ceux de Neptune, d'Hercule, de Jupiter Hyetos, de Minerve. Les Romains sacrifiaient à Cérès, et en même temps à Gé, la déesse de la terre.
Le culte de Cérès était généralement répandu chez les Étrusques, qui la rangeaient parmi leurs pénates, à côté de Vertumnus, dieu de l'année. Les Latins ont souvent confondu Cérès avec la Bona Dea, à cause des rapports qui existaient entre le culte de celle-ci et celui de Cérès. On le célébrait par les mêmes solennités nocturnes et mystérieuses, auxquelles les femmes seules pouvaient assister, et les sacrifices étaient les mêmes.


Les représentations de Cérès

L'art plastique a donné à Cérès le même caractère maternel qu'à Junon. Mais ses traits sont plus doux, les yeux moins ouverts. Elle est représentée assise ou marchant, entièrement vêtue. Quelquefois même la partie postérieure de la tête est couverte. Il paraît que l'idéal de Cérès est dû à Praxitèle.
Elle porte une couronne d'épis, ou un simple ruban, et tient dans ses mains, tantôt le sceptre, tantôt des épis et des pavots, tantôt une torche ou la corbeille mystérieuse. Son char est tiré, soit par des chevaux, soit par des dragons. Elle était représentée sur le trône d'Apollon à Amyclée.
Des statues de cette déesse furent exécutées par divers sculpteurs célèbres, tels que Praxitèle, Déraophon, Onatas, Sthénis. Mais la plupart de celles qui nous restent sont incomplètes ou restaurées. On trouve son image, rarement sur des gemmes, plus souvent sur des bas-reliefs, le plus fréquemment sur des sarcophages, des monnaies et des vases. Elle y est presque toujours représentée comme en courroux, et cherchant avec précipitation le ravisseur de sa fille, ou descendant avec Proserpine, pour une partie de l'année, dans l'enfer, ou montant avec elle sur la terre, ou encore donnant à Triptolème la charrue et des épis, pour répandre la fécondité sur la terre.


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