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Le mythe de Fée



L'origine des fées

La fiction des fées est, sans contredit, l'une des plus poétiques et des plus gracieuses du moyen âge. Les uns en font remonter l'origine aux nymphes de l'antiquité, aux génies et aux druidesses des Gaulois, enfin aux valkyries des peuples scandinaves. Suivant d'autres, cette fiction n'est autre chose que celle des péris orientales. Pour nous, nous pensons que c'est un mélange de toutes ces traditions plutôt qu'une reproduction de l'une d'entre elles en particulier.


La croyance aux fées

La croyance à l'existence des fées se retrouve dans presque toutes les contrées, avec des modifications diverses. Nous nous occuperons surtout des traditions qui appartiennent à notre pays. En France, l'histoire du moyen âge nous montre les fées mêlées à des actes politiques et religieux. Ainsi, dans l'abbaye de Poissy, fondée par saint Louis, on disait tous les ans une messe pour préserver les religieuses de tomber en leur pouvoir, et cet usage ne cessa que vers le milieu du XVIIIe siècle.
Le commerce que l'on prétendait que Jeanne d'Arc avait eu avec les fées, figura comme une accusation capitale dans son procès. Vivement pressée, la pauvre fille répondit: « Que, assez près de Domrémy, il y avait un grand hêtre qui s'appelait l'arbre des dames ; qu'elle avait ouï dire à plusieurs anciens, non pas de son lignage, que les fées y repairaient, mais que pour elle, elle ne vit jamais fée, qu'elle sache, à l'arbre ni ailleurs. » Les enfants y suspendaient des couronnes et y chantaient des chansons. Les anciennes dames et maîtresses des forêts ne pouvaient plus, disait-on, se rassembler à la fontaine, près du grand hêtre. Elles en avaient été exclues pour leurs péchés, suivant la déposition de Béatrix au procès de révision de la Pucelle. Cependant l'Église se défiait toujours des anciennes divinités locales. Le curé, pour les chasser, allait chaque année dire une messe à cette fontaine.
C'était dans leur baguette que résidait surtout le pouvoir des fées, ce qui ne les préservait pas de certains dangers, entre autres, de celui qu'elles couraient le samedi, jour où leur puissance était suspendue, et pendant lequel elles erraient sous différentes formes, cherchant à se dérober à tous les yeux. De ces métamorphoses vint la croyance aux animaux et aux objets-fées. Un cheval, un arbre, un épée, un manteau, pouvaient être fées.


Quelques fées célèbres

Dans les romans de chevalerie, les fées sont représentées, la plupart du temps, comme des êtres doux et mélancoliques, presque toujours victimes d'un amour malheureux.
Il y avait deux sortes de fées: les unes étaient des divinités à peu près analogues aux nymphes, les autres n'étaient, à proprement parler, que des magiciennes, c'est-à-dire des femmes instruites dans la magie, comme Morgane, Viviane, et la fée de Bourgogne, toutes trois élèves du célèbre enchanteur Merlin. Ces magiciennes n'avalent point un pouvoir qui leur fût propre. Elles n'étaient redoutables et puissantes que par l'entremise de l'enfer, qui leur était soumis.
Outre les trois fées que nous venons de nommer, on connaissait encore la fée Abonde, qui rappelle par son nom et ses attributions une déesse de la mythologie païenne (on croyait que la nuit elle répandait les richesses dans les maisons), la fée Estérelle et la fée Mélusion.
Une autre Mélusine figure dans les traditions féeriques de la Franche-Comté. C'est la vouivre, être moitié femme et moitié serpent, qui porte au front une escarboucle lumineuse. Dans la même province vivent encore la dame Verte, la fée Aril, la bonne déesse des chaumières. Ces croyances merveilleuses sont, de nos jours, plus communes qu'on ne le croirait. Il n'est guère de province où ne subsistent de nombreuses traditions sur les fées. Ce sont leurs mains qui ont dressé ces pierres druidiques, gigantesques monuments dont le campagnard ne peut expliquer autrement l'origine, et auprès desquels on allait faire des prières. Elles habitaient, en général, au fond des forêts, sur les bords des fontaines, dans des cavernes.
En Périgord, aux environs de Miramont, est une grotte nommée du Cluzeau, qu'on dit leur avoir servi d'asile. Elle s'étend, dit on, sous terre, jusqu'à cinq ou six lieues. On assure même qu'il y coule des ruisseaux au milieu de belles salles et de chambres pavées de mosaïques avec des autels et des peintures.


Les traditions françaises relatives aux fées

Ces êtres mystérieux sont ordinairement désignés, dans nos provinces de l'ouest et du midi, sous les noms de fadas, feas, filandières. Elles ont surtout de nombreux croyants dans les anciennes provinces du Berri, des Marches, du Limousin, de l'Angoumois, de la Saintonge, du Poitou, de la Bretagne, de la Corse, de la Provence.
Nos Pyrénéens aussi leur rendent un culte religieux. A certaines heures de la nuit, ils voient se promener, au pic de Bergons, près de Luz, ou près pied de de la fontaine de Saint-Bertraud, au pied de l'escalier de Higaro, de belles femmes vêtues de blanc, qui chantent des romances douces et plaintives. En un instant, elles transforment avec leur fuseau, en fil de la plus fine espèce, le lin que l'on dépose à l'entrée de leur grotte, creusée dans l'albâtre, et ornée de cristal. Elles dansent à la clarté de la lune, soit sur la cime des monts, soit sur les tours et les donjons des vieux châteaux abandonnés, soit dans les prairies verdoyantes. Des fleurs naissent sous leurs pas. Elles excitent ou apaisent à leur gré les tempêtes, et comblent de biens ceux qui leur rendent de sincères hommages.
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, les fées visitent les maisons de leurs adorateurs, portant le bonheur dans la main droite et le malheur dans la gauche. On a soin de leur préparer un repas dans une chambre reculée, dont on ouvre la porte et les fenêtres. Un linge blanc est étendu sur la table, où l'on place un pain, un couteau, un vase plein d'eau ou de vin, une coupe, et une bougie allumée. Ceux qui leur présentent les meilleurs mets peuvent espérer que leurs moissons seront abondantes, et que l'hymen comblera leurs vœux les plus chers. Le chasseur qui peut placer sur la table quelques pièces de gibier sera particulièrement favorisé par ces femmes célestes, qui sont les épouses des dieux. Mais ceux qui ne s'acquittent qu'à regret de leurs devoirs envers elles doivent s'attendre aux plus grands maux.
Le premier jour de l'an, le père, l'ancien, le maître de la maison prend le pain offert aux fées, le rompt, et après l'avoir trempé dans l'eau ou dans le vin que contient le vase, il le distribue à tous les membres de la famille, et aux serviteurs. On se souhaite alors une bonne année, et l'on déjeune avec ce pain.


Les fées en Écosse

On retrouve cette croyance à des êtres féminins d'un pouvoir surnaturel, en Allemagne, en Italie, en Écosse, etc. Mais les fées qui figurent dans les légendes de ce dernier pays diffèrent trop des fées françaises pour que nous puissions nous dispenser d'en dire quelques mots. Les traditions généralement admises au moyen âge dans les contrées habitées par les peuples d'origine gaélique ou gallique ne donnent nullement aux fées ce caractère de douceur et de sensibilité que leur attribuaient nos ancêtres, dominés par l'influence d'un climat plus heureux.
Les Daoine-shi (gens de paix), comme on les appelait par euphémie, avaient quelque chose de sauvage comme les montagnes qu'elles habitaient. Elles se plaisaient à déployer un caractère malicieux et malfaisant dans leurs relations avec les mortels. Prononcer leur nom sur les Dun-shi (montagnes des fées) était un sûr moyen de disparaître pour quelque temps, quelquefois pour toujours, de la terre des vivants. Les enfants étaient surtout exposés à devenir la proie de ces esprits aériens, qui les livraient au démon pour s'affranchir du tribut qu'elles devaient lui payer chaque année.
Au nombre des individus qui disparurent ainsi avant l'heure de leur mort naturelle figurent le fameux prophète Merlin et le roi Arthur. Le barde Thomas d'Erceldoune, dont le nom est si populaire encore dans toute l'Écosse, habita quelques années la terre d'Elfland. Mais plus heureux que Merlin, il reparut sur la terre après une absence de sept années, qui lui avaient paru s'écouler avec une rapidité merveilleuse. Il dut sans doute sa résurrection au caprice passager qu'eut pour lui la reine des fées, qui lui apparut sous le costume d'une amazone. Elle montait un magnifique coursier, à la crinière duquel étaient suspendues trente-neuf clochettes d'argent, qui tintaient harmonieusement à chaque mouvement, du cheval. La selle était d'os royal (ivoire), incrusté d'orfèvrerie (argent travaillé). La belle chasseresse tenait un arc en main, et avait des flèches à sa ceinture. Elle conduisait en lesse trois lévriers, et trois limiers la suivaient de près.
Du reste, si les fées se montraient peu bienveillantes à l'égard des hommes, elles n'apportaient pas dans leurs relations avec leurs semblables ce caractère maussade qui inspirait tant d'effroi aux Gaëls. Vivant sons la domination d'un roi ou d'une reine, contre la puissance desquels elles ne s'insurgeaient jamais, leur vie n'était qu'une suite de plaisirs et de fêtes, tellement splendides, que l'imagination peut à peine les concevoir. Leurs tables étaient chargées de mets succulents, une musique délicieuse se faisait toujours entendre dans leurs demeures célestes, et elles se livraient continuellement à la chasse ou à la danse.
Cette splendeur n'était cependant pas visible pour des yeux mortels. Un homme qui eût pénétré dans la demeure des fées n'eût vu que des cavernes humides à la place de leurs magnifiques palais. Les élégantes habitantes de l'Elfland lui eussent apparu sous la forme de vieilles femmes ridées, et toute illusion eût disparu. Tels sont les traits généraux sous lesquels l'imagination des anciens Écossais se plut à se représenter les fées, à côté desquelles apparaissent certaines créations du même ordre, mais qui offrent cependant des divergences considérables. A la tête de ces conceptions hétéroclites figurait la fameuse Nicneven, l'Hécate de la mythologie celtique.


Les fées en Angleterre

En Angleterre, la superstition des fées était d'un caractère plus aimable et plus enjoué qu'en Écosse. Ces esprits malins ne manifestaient pas contre l'homme cette haine dont le Gaël se gardait avec tant d'effroi. Les fées se plaisaient bien parfois à lutiner et à tourmenter les dormeurs, mais leur mécontentement frappait surtout les ménagères peu soigneuses. Elles étaient comme les génies familiers de la maison.
Un être qui faisait constamment partie du cortège de la cour des fées anglaises était le célèbre Puck, qui jouait, en quelque sorte, auprès d'elles, le rôle de fou ou de bouffon.


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