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Le mythe de Druide et Druidisme



Les régulateurs des Gaulois

Les druides, les hommes du gui de chêne, étaient les chefs de la hiérarchie religieuse et sociale des Gaulois. Interprétation de la volonté divine, sacerdoce, justice, éducation publique, législation, conclusion des traités de paix et de guerre, tout cela entrait dans leurs attributions. Ils furent même réellement, à l'époque où la théocratie régna sans rivales, les régulateurs absolus, les maîtres de la nation. Et plus tard, lorsque les institutions humaines succédèrent à l'autorité des oracles, ils conservèrent encore de grands privilèges. Il n'est point de régime sacerdotal dont l'origine soit enveloppée de plus de mystères.


La doctrine des druides

La toute-puissance des dieux, la métempsycose, l'éternité de l'univers et l'immortalité de l'âme étaient les principes fondamentaux de cette doctrine, à laquelle se rattachait aussi l'idée d'un autre monde, avec ses peines et ses récompenses, monde où l'âme conservait son identité, ses passions, ses habitudes.
Mais la science des druides ne se bornait pas à ces notions. Ils étaient encore métaphysiciens, physiciens, médecins, sorciers, et surtout astronomes. Leur année se composait de lunaisons, ce qui faisait dire aux Romains que les Gaulois mesuraient le temps par nuits et non par jours. Leur médecine semble avoir été entièrement fondée sur la magie. La panacée universelle était le gui de chêne, que l'on allait couper dans les bois avec une grande solennité.


Les sacrifices dans le druidisme

A côté des superstitions bizarres qui maintenaient le pouvoir entre les mains des prêtres, figuraient des cérémonies sanglantes, comme on en voit dans l'enfance de toutes les sociétés. Les sacrifices humains étaient regardés par les Gaulois comme nécessaires pour apaiser les dieux, et les druides se prêtaient à cette horrible croyance, comme les prêtres de la Diane Taurique ou du Bacchus de Ténédos.
On perçait la victime au-dessus du diaphragme, et l'on tirait des pronostics de la nature de ses convulsions, de l'abondance et de la couleur de son sang, etc. D'autres fois on la crucifiait, on la tuait à coups de flèche. Souvent aussi, un colosse d'osier, posé sur un bûcher, disparaissait dans les flammes avec une foule de malheureux enfermés dans ses flancs. Cependant, ces sacrifices horribles étaient déjà rares à l'époque de l'arrivée des Romains dans les Gaules, et on les remplaçait par des dons votifs, en jetant dans les lacs, ou en clouant dans les temples, des lingots d'or ou d'argent.
Le souvenir des sanglantes cérémonies du druidisme s'est conservé, non-seulement dans les témoignages que nous ont transmis les auteurs anciens, mais aussi dans la tradition de divers peuples Galls ou Kimris. Ainsi, les montagnards Gaëls d'Eildain affirment qu'on offrait jadis des sacrifices humains dans un lieu nommé Bourjo, et que le peuple qui y assistait pouvait voir les cérémonies du haut du glacis, dont la pente est de ce côté. A ce lieu de sacrifice communiquait un sentier qu'on appelle Haxellgate (porte de la druidesse), conduisant à une petite vallée étroite nommée Haxellcleuch (Val de la druidesse).


La condition des druides

On n'entrait dans la condition des druides, condition ambitionnée par les enfants des familles même les plus puissantes, qu'après une initiation mêlée de sévères épreuves au fond des bois et des cavernes, et qui durait quelquefois vingt ans. Le néophyte devait apprendre et retenir toute la science sacerdotale. Les auteurs comptent, dans la hiérarchie druidique, trois classes différentes:

  • Les bardes: ils étaient chargés de conserver dans leur mémoire les traditions nationales et de chanter les héros.
  • Les ovates: ils étaient les interprètes des druides auprès du peuple. Ils étaient voués à la célébration des sacrifices et à la pratique du culte extérieur.
  • Les druides: ils possédaient la science et le pouvoir suprême.

Sortis de la masse du peuple par le bénéfice de l'étude, ils se choisissaient un chef tout-puissant parmi eux. Ce choix se faisait probablement au milieu de leur assemblée solennelle, convoquée une fois l'an sur le territoire des Carnutes, dans un lieu consacré, qui passait pour le point central de la Gaule. Et il n'était pas rare qu'il en résultât une guerre civile.
Quand même le druidisme n'eût pas été affaibli par ces divisions, son principe électif lui-même devait le constituer en antagonisme avec celui de la naissance, pour lequel combattait l'aristocratie. Enfin, la vie solitaire, que la plupart de ses membres semblent avoir adoptée, devait aussi contribuer à leur faire perdre, à la longue, leur autorité sur les populations. De là une faiblesse et des divisions qui amenèrent sa ruine et l'asservissement du pays.
A l'époque où les tribus gauloises allaient subir le joug du conquérant étranger, le druidisme, affaibli dans le reste du pays, dominait encore dans les deux Bretagnes et dans les bassins de la Seine et de la Loire. Les Édues se trouvaient à la tête de ce parti, qui défendait le principe électif, c'est-à-dire les druides et les chefs temporaires du peuple des villes. Mais les Arvernes, les Séquanais, et toutes les populations ibériennes de l'Aquitaine étalent fidèles à l'hérédité, c'est-à-dire au système des chefs de clan. Les cruautés du vainqueur purent seules réconcilier contre lui les partisans de ce système avec les druides. Le signal de l'insurrection que dirigea le Vercingétorix Arverne partit de la terre druidique des Carnutes de Genabum.


Le druidisme face aux Romains

Quand la Gaule fut pacifiée, le druidisme, restreignant son empire à la masse populaire, laissa les ambitieux des hautes classes adopter la religion des Romains. Mais il devint le foyer où venaient se ranimer les espérances des patriotes. Lui-même conserva son énergie et son fanatisme. Il sut résister constamment à l'influence romaine. Et ce fut là que se réfugia la nationalité gauloise.
Auguste essaya vainement de modifier les pratiques sanguinaires de ce culte. Sous Tibère, ce fut un Édue, Julius Sacrovir, qui se mit à la tête de la révolte des Gaules. Aussi l'empereur voulut-il, après avoir étouffé cette révolte, exterminer la secte entière des druides. En effet, presque tous périrent du supplice de la croix. Sous son règne et sous ceux de Claude et de Méron, le général romain Suétonius Paulinus poursuivit les druides qui restaient jusque dans leur dernier asile, dans l'île de Mona. Là était depuis plusieurs siècles le siège le plus secret du culte druidique. La conquête de la Bretagne ne devait être complète que lorsqu'ils seraient exterminés.
Quand les Romains se disposèrent à débarquer, ils virent sur le rivage une forêt d'armes et de soldats. Dans les rangs couraient des femmes, les cheveux épars, des torches à la main. Tout autour étaient les druides, qui, fièrement immobiles et les bras levés au ciel, prononçaient avec solennité d'horribles imprécations. Frappés d'abord de terreur, les Romains se ranimèrent à la voix de leurs chefs, et culbutèrent les Bretons. Druides, prêtresses, soldats, tout fut égorgé ou brûlé (en 61 après J.-C.).
Quand Civilis prit les armes contre Vespasien, ces prêtres, si longtemps persécutés, sortirent encore de leurs retraites pour proclamer que l'empire des Gaules allait s'élever sur les ruines du Capitole. Mais la civilisation de Rome avait envahi les villes gauloises. On ne pouvait craindre que le pays ne s'oubliât lui-même. Seulement, hors des villes, dans les campagnes, et surtout en s'avançant vers le nord, un reste de nationalité s'était encore conservé avec le druidisme, qui s'y était réfugié, et dont le souvenir était toujours cher aux Gaulois. Aussi Pescennius Niger ne crut pouvoir mieux faire, pour se rendre populaire parmi eux, que de ressusciter, dit-on, de vieux mystères qui sans doute étaient ceux du druidisme. Des femmes druides prédirent l'avenir à Aurélius, à Dioclétien et à Alexandre Sévère. La religion nationale n'avait point péri, elle dormait sous la culture romaine en attendant le christianisme.


Le druidisme face au christianisme

Le culte druidique, incorporé en quelque sorte au sol même, résista fortement à la nouvelle religion qui devait le transformer successivement, sans pouvoir enlever aux Bretons ce profond caractère national qu'ils ont gardé jusqu'à nos jours. Prêché en Armorique, vers la fin du IVe siècle, le christianisme fit d'abord peu de prosélytes. Le druidisme était proscrit, mais il subsistait dans les monuments, peu ou point modifiés, de l'ancien culte qui devaient servir de symbole au nouveau. La présence des signes matériels démentait aux yeux de la foule grossière la transformation accomplie.
Ce fut donc à peu près sans succès que le concile de Nantes, tenu en 658, s'élevant contre les adorations du peuple à l'égard de certains chênes et de certaines pierres cachées au fond des bois, devant lesquels on allait allumer des brandons et porter des offrandes, prescrivit aux prêtres armoricains de faire arracher ces arbres sacrés, de les brûler, de ramasser les pierres, et de les enfouir dans des endroits si cachés que les paysans ne pussent jamais les retrouver. Ces décrets ne purent être exécutés que très imparfaitement. Au IXe siècle, on voit Charlemagne lancer contre les superstitions et les pratiques du druidisme deux capitulaires qui n'eurent pas plus d'effet.
L'action lente d'une civilisation avancée qui gagnait de jour en jour du terrain, et finit par étreindre en entier la Bretagne, pouvait seule amener des résultats efficaces. Mais que ce travail fut long! Au XVIIe siècle, on voit le littoral de l'Armorique et l'île d'Ouessant, etc., encore plongés dans le paganisme, et accomplissant machinalement des pratiques superstitieuses dont le sens était alors à peu près perdu. Les pérégrinations de le Nobletz, qui parcourut la Bretagne vers 1614, une croix à la main, nous révèlent l'état de grossièreté des Armoricains au commencement du grand siècle. Ici, les femmes balayaient la chapelle la plus voisine de leur village, et en jetaient la poussière au vent, pour le rendre favorable au retour de leurs maris et de leurs enfants qui étalent embarqués. Là, elles prenaient, comme les grossiers ostiaques de l'obi, les images des saints, les menaçaient de mauvais traitements, les fouettaient même, ou les jetaient à l'eau s'ils ne leur accordaient pas promptement l'heureux retour des personnes qui leur étaient chères. Quelques-uns laissaient dans un champ un trépied ou un couteau crochu, pour empêcher que les loups n'endommageassent leur bétail égaré. D'autres avaient soin de vider toute l'eau qui se trouvait dans la maison où il était mort quelqu'un, de peur que l'âme du défunt ne s'y noyât. Ils mettaient aussi des pierres auprès du feu que l'on allume la veille de la Saint-Jean, afin que leurs pères et leurs ancêtres vinssent s'y chauffer à leur aise. La nouvelle lune était adorée à genoux, et l'oraison dominicale récitée en son honneur. Le premier jour de l'an on offrait une espèce de sacrifice aux fontaines publiques, en y jetant des morceaux de pain beurré. Dans d'autres endroits, on jetait, le même jour, dans ces fontaines, autant de morceaux de pain qu'il y avait de personnes dans une la mille, et ceux qui surnageaient indiquaient le nombre des morts. Les cloarec (prêtres) partageaient eux-mêmes ces croyances, quelquefois touchantes, mais qui tenaient trop à ce qu'il y a de plus intime dans la vie d'une société, quoique le sens en fût perdu, pour que leur persistance ne s'expliquât pas.


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