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Le mythe de Thésée (ou Théseus)


Thésée est le dixième roi d'Athènes. Il est le fils d'Égée et d'Éthra.


L'enfance du héros

Égée, n'ayant pu avoir d'enfants de ses deux premières femmes, alla consulter la Pythie, dont il reçut une réponse fort obscure. Il la communiqua à Pitthée, roi de Trézène, qui l'enivra et lui livra sa fille Éthra. Lorsqu'Égée quitta cette princesse, il lui recommanda, si elle accouchait d'un fils, qui, parvenu à l'âge viril, fut assez fort pour lever une pierre sous laquelle il avait caché son épée et sa chaussure, de le lui envoyer avec ces signes de reconnaissance. Quelques mois après, Éthra fut mère, et accoucha de Thésée, dans un lieu situé entre Trézène et Hermione, et nommé plus tard Généthlium. On dit que cette princesse avait eu commerce la même nuit avec Neptune et Égée, dans le temple de Minerve. De là le nom de Neptunide donné quelquefois à Thésée.
Pitthée fit élever à sa cour le jeune enfant, qui eut pour précepteurs Connidas et le fameux Chiron. Après avoir consacré à Apollon les prémices de sa chevelure, Thésée, qui passait chez les Trézéniens pour fils de Neptune, crut chaque jour en force et en courage. Hercule rendit une fois visite à Pitthée, et quitta sa peau de lion pour se mettre à table. Thésée apercevant cette dépouille, et la prenant pour l'animal, saisit une hache afin de le combattre.


Son voyage à Athènes

Éthra ayant découvert à Thésée quel était son véritable père, lui ordonna de prendre les signes qu'Égée avait déposés sous la pierre, et de se rendre à Athènes par la mer. Le jeune homme préféra la route de terre, qui était infestée de brigands. Son premier exploit fut la défaite de Périphétès d'Epidaure, dont il garda la massue, comme signe de sa victoire. Parvenu ensuite à l'Isthme de Corinthe, il fit périr Sinnis, et s'empara de sa fille Périgone. La laie de Crommyon, Sciron de Mégare, Cercyon, Procruste, tombèrent ensuite sous ses coups. Lorsqu'il fut sur les bords du Céphise, il se fit purifier par la famille des Phytalides, et se rendit de là à Athènes, où il arriva dans le mois d'Hécatombæon.
La capitale de l'Attique était alors troublée par de graves dissensions. Les Pallantides, neveux d'Égée, attendaient impatiemment une occasion de s'emparer du pouvoir. D'un autre côté, la magicienne Médée s'était insinuée dans les bonnes grâces d'Égée, et lui promettait de lui faire avoir un fils. Elle s'efforça d'entraver les projets de Thésée, et essaya même de l'empoisonner. Mais le monarque athénien, ayant aperçu l'épée que portait Thésée, le reconnut solennellement pour son fils, et Médée dut s'enfuir. On montrait, dans le quartier Delphinium le lieu où s'opéra cette reconnaissance.
Il restait à vaincre les Pallantides, qui, trahis par un des leurs, nommé Léos, furent surpris dans une embuscade et taillés en pièces. Thésée dirigea alors tous ses efforts contre le taureau de Marathon, qui ravageait la Tétrapole attique. Il le prit vivant, l'amena dans la ville, et le sacrifia à Apollon Delphinios.


La mort du Minotaure

L'époque étant venue de payer pour la troisième fois le fatal tribut que Minos avait imposé à l'Attique, Thésée s'offrit à aller combattre le Minotaure, à la mort duquel le tribut devait cesser. Il mit à son vaisseau une voile noire. Elle devait être remplacée par une voile blanche, au cas où il reviendrait vainqueur. Simonide dit que la voile à substituer n'était pas blanche, mais rouge. Il ajoute que le pilote se nommait Phéréclus. On prétend encore que Thésée reçut de Scirus un pilote nommé Nausithaïs, et un matelot, nommé Phéax, pour être à la proue. Le fils d'Égée leur éleva plus tard des monuments à tous deux, dans le port de Phalère.
Avant de s'embarquer, Thésée sacrifia à Apollon Delphinios, qui lui ordonna de prendre Vénus pour guide. Pendant qu'il invoquait cette déesse sur le bord de la mer, une chèvre fut tout à coup changée en boue. De là le culte de Vénus Épitragia. Arrivé en Crète, Ariane, qui avait conçu pour lui de l'amour, lui donna un peloton de fil, et lui enseigna le moyen de se tirer du labyrinthe. Avec ce secours, Thésée tua le Minotaure. En mémoire de sa délivrance, il éleva plus tard un temple à Artémis Sotéira dans la ville de Trézène. Parvenu à Naxos, il y abandonna Ariane, soit par ordre de Minerve ou de Bacchus, soit pour ne pas contracter avec une étrangère une union qui eût été mal vue à Athènes, soit enfin qu'il fût amoureux d'Ægla, la fille de Panopée. Il règne la même incertitude sur la destinée d'Ariane. Les uns prétendent qu'elle se donna la mort, d'autres qu'elle épousa Bacchus ou Onarus, le prêtre du dieu. Une troisième tradition lui donne deux enfants:, Œnopion et Staphylus, nés de Thésée.
On rapporte encore que, jetée sur la côte de Chypre avec Thésée, elle y mourut. Le monarque athénien la divinisa sous le nom de Vénus Ariane. Nous passons sous silence les explications des évhéméristes qui reconnaissent deux Arianes.
Avant de retourner à Athènes, Thésée débarqua à Délos, et exécuta dans le temple d'Apollon, avec les jeunes gens ravis à la fureur du Minotaure une danse qui retraçait les détours du Labyrinthe. Il célébra aussi, dans cette île, des jeux où, pour la première fois, les vainqueur reçurent une branche de palmier.


Son retour à Athènes

Quand ils furent près de l'Attique, Thésée et son pilote oublièrent de mettre la voile blanche qui devait être pour Égée le signe de leur heureux retour. Ce prince, qui crut son fils mort, se précipita du haut d'un rocher et se tua. Après avoir rendu les derniers devoirs à son père, Thésée institua les Oschophories et les Pyanepsies, dans lesquelles, longtemps après, on portait encore en cérémonie l'irésione (branche d'olivier) que le roi d'Athènes offrit aux dieux avant son départ. Dans les Cladophories, le héraut ne portait point de couronne, contrairement à l'usage, et poussait des cris de deuil en mémoire de la douleur de Thésée, privé de son père si inopinément.
Le vaisseau sur lequel Thésée s'était embarqué avec les autres jeunes gens, et qu'il ramena heureusement à Athènes, était une galère à trente rames, que les Athéniens conservèrent jusqu'au temps de Démétrius de Phalère. Ils en ôtaient les vieilles pièces, à mesure qu'elles se pourrissaient, et les remplaçaient par des neuves qu'ils joignaient solidement aux anciennes. Ce navire, désigné par le nom de Paralie, portait chaque année à Délos les offrandes de l'Attique.
Paisible possesseur du royaume de son père, Thésée travailla à le consolider. Il réunit en un seul corps tous les habitants de l'Attique, et n'en forma qu'une même cité, où toute l'autorité était entre les mains du peuple, ne se réservant que l'intendance de la guerre et l'exécution des lois. Il fit abattre dans chaque bourg les prytanées et les maisons de conseil, bâtit un prytanée et un palais commun à Athènes, qui lui dut son nom, et institua les Panathénées. Il institua aussi les Métoicia, et éleva des temples à Vénus Pandémos et à Pitho. Les étrangers qu'il avait invités à venir peupler sa ville, y accourant de toutes parts, et y portant la confusion, il les répartit en trois classes ainsi que les citoyens mêmes: les nobles, les laboureurs et les artisans. Les premiers avaient soin de ce qui regardait le culte, occupaient les magistratures, et interprétaient les lots. Enfin il réunit à l'Attique le territoire de Mégare, et institua les jeux isthmiques, ou donna pins d'extension à ceux qu'on célébrait en l'honneur de Mélicerte. D'autres assurent que les jeux isthmiques furent fondés en expiation de la mort de Sciron ou de celle de Sinnis. Quoi qu'il en soit, Thésée ordonna aux Corinthiens de céder les premières places aux Athéniens qui viendraient voir les jeux, et de leur laisser autant d'espace qu'en pourrait couvrir la voile du vaisseau sur lequel ils seraient venus.
Son œuvre achevée, Thésée abdiqua la royauté.


L'invasion des Amazones à Athènes

Thésée fit le voyage du Pont-Euxin pour accompagner Hercule dans son expédition contre les Amazones, et obtint Antiope ou Hippolyte pour prix de sa valeur. D'autres traditions reportent ce voyage à une époque plus tardive, et prétendent que Thésée enleva Antiope. Suivant l'historien Ménécrate, Thésée, maître d'Antiope, s'arrêta quelque temps à Nicée en Bithynie. Soloon, jeune Athénien, qui l'avait accompagné, devint amoureux de la belle Amazone, et, ne pouvant l'obtenir, se tua. En mémoire de cet événement, Thésée donna le nom de son ami à une rivière du pays, et bâtit sur ses rives la ville de Pythopolis, en l'honneur d'Apollon.
L'enlèvement ou l'abandon d'Antiope, que Thésée répudia pour épouser Phèdre, suivant l'auteur de la Théséide, donna lieu à l'invasion des Amazones en Attique. Ces guerrières indomptables vinrent camper dans Athènes même, et attaquèrent avec courage l'armée grecque, qui, ayant sacrifié à la Peur, les défit complètement. La lutte se termina soit par un traité, soit par la mort des Amazones. De nombreuses preuves semblent attester la certitude de cette guerre singulière. Ainsi, Athénes montrait les tombeaux de celles qui périrent au milieu de la ville près de la chapelle de Chalcodon. A côté du temple de la Terre Olympique, une colonne indiquait le lieu où Antiope fut tuée par Molpadia. Chalcis, qui avait recueilli quelques-unes des fugitives, indiquait comme place de leur sépulture un endroit désigné par le nom d'Amazonium. L'alliance même de Thésée avec les Amazones était attestée et par le nom de l'Horcomosium (jurement de l'alliance), où le traité s'était conclu, et par les sacrifices offerts annuellement par les Athéniens aux mânes de leurs ennemies. A Mégare, on montrait un tombeau d'Amazones, en forme de losange. On voyait encore quelques monuments funèbres de ces femmes guerrières à Chéronée et en Thessalie. Il est difficile de se rendre compte de l'idée qui a pu donner naissance au mythe des Amazones. Les récits des auteurs sont trop contradictoires.
On ne sait rien de plus certain sur le nom et le nombre des épouses de Thésée. Hélène, Phèdre, Antiope, Anaxo, Hippolyte, Péribée, Phérébée, Iope, Églé, apparaissent tour à tour unies au roi d'Athènes par des liens plus ou moins solides. Antiope fut, dit-on, mère d'Hippolyte, aimé de Phèdre, qui donna le jour à Acamas et à Démophon. Ces traditions sont trop confuses pour que nous essayions de les débrouiller.
Thésée prit part à la chasse du sanglier de Calydon et à l'expédition des Argonautes. Il aida Adraste à retirer les corps des guerriers tués au siège de Thèbes, et donna asile à Œdipe fugitif. Pirithoüs, roi des Lapithes, jaloux de sa gloire, voulut d'abord le combattre. Mais il devint ensuite son ami, fut secouru par lui dans sa lutte avec les Centaures, et, en revanche lui prêta son aide dans plusieurs expéditions périlleuses.


L'enlèvement d'Hélène

Thésée avait déjà cinquante ans lorsqu'il enleva Hélène, qui n'était pas encore nubile. Quelques écrivains disent qu'elle lui fut confiée par Idas et Lyncée, d'autres par Tyndare, qui craignait l'amour furieux d'Enaréphorus. Mais la tradition commune rapportait ainsi les circonstances du rapt: Thésée et Pirithoüs, étant allés ensemble à Sparte, enlevèrent Hélène pendant qu'elle dansait dans le temple de Diane Orthia, et prirent aussitôt la fuite. Ceux qu'on envoya courir après eux ne les poursuivirent que jusqu'à Tégée.
Les ravisseurs, après avoir traversé le Péloponnèse, se voyant en sûreté, convinrent de tirer Hélène au sort, à condition que celui à qui elle serait échue aiderait son compagnon à enlever une autre femme. Le sort la donna à Thésée, qui la conduisit à Aphidnes, où il fit venir Éthra, sa mère, pour en avoir soin. Suivant Tzetzès, il la rendit mère d'Iphigénie. Cette tradition offre quelques divergences. Ainsi, selon Pausanias, ce fut Aphidnus qui fut chargé de veiller sur la jeune fille. D'autres la font remettre par Thésée aux mains de Protée, roi d'Égypte. Les Dioscures délivrèrent leur sœur en s'aidant des cabales de Mnesthée, qui avait soulevé le peuple, pendant que le monarque athénien s'occupait à enlever Coré (Proserpine) à Pluton, pour en gratifier Pirithoüs. Les deux amis, descendus aux enfers par le promontoire de Ténare, furent saisis, livrés aux Furies, puis délivrés et par Hercule.
Rentré dans Athènes après deux ans d'absence, des mouvements séditieux forcèrent Thésée de songer à sa sûreté. Il envoya ses deux fils dans l'île d'Eubée, auprès d'Elphénor. Ensuite, s'étant rendu au bourg de Gargette, il y prononça des malédictions contre les Athéniens, dans le lieu qui porta depuis le nom d'Aratérion. Après quoi il s'embarqua pour l'île de Scyros. On dit encore qu'il fut banni par un décret du peuple, à cause de la mort d'Hippolyte, ou qu'il s'enfuit pour éviter la colère des Dioscures. Les traditions s'accordent assez généralement à placer sa descente aux enfers pendant l'invasion de ceux-ci en Attique.


Le culte et les représentations de Thésée

Lycomède, roi de Scyros, jaloux de sa réputation, ou gagné par Mnesthée, jeta son hôte dans la mer. D'autres disent que Thésée y tomba en se promenant. Mnesthée continua à régner paisiblement dans Athènes, et ce ne fut qu'après sa mort que les fils de Thésée furent mis en possession du royaume de leur père.
Thésée avait été honoré, de son vivant, dans un temple élevé par les Athéniens et desservis par les Phytalides. Mais le culte héroïque qu'on lui rendit ne date que d'une époque bien postérieure. Les soldats grecs ayant cru voir son image combattre contre les barbares, à la bataille de Marathon. Athènes commença à se ressouvenir du héros auquel elle devait sa gloire. Plus tard, la Pythie ordonna de recueillir ses os. Personne ne connaissait le lieu de sa sépulture, à Scyros. Ce fut Cimon qui le découvrit. Ayant aperçu un aigle qui frappait de son bec un tumulus, il le fit ouvrir, et y trouva le cercueil d'un homme de grande taille, avec le fer d'une pique et une épée. Il chargea aussitôt ces précieux restes sur sa galère, et les porta à Athènes, où on les plaça, au milieu d'une pompe solennelle, dans une enceinte sacrée, dite Théséium, qui eut droit d'asile. Là s'élevait un temple, consacré au héros, et orné de peintures qui retraçaient ses exploits. On y offrait des sacrifices le huitième jour de chaque mois.
L'art plastique des anciens a représenté Thésée à peu près sous les mêmes traits qu'Hercule. Seulement, sa forme est moins massive, et sa chevelure moins crépue.


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