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Le mythe de Énée


Énée est un célèbre héros troyen. Il faut distinguer les diverses traditions qui se rapportent à ce personnage.


La tradition homérique

Fils d'Anchise et de Vénus, il fut élevé par Alcathoüs, l'époux de sa sœur. Avant l'expédition de Troie, Achille l'attaqua sur le mont Ida, près de ses troupeaux, et le chassa devant lui jusqu'à Lyrnesse, où les dieux le sauvèrent.
Plus tard, il vint à la tête des Dardaniens au secours des Troyens contre les Grecs. C'est alors que, selon Homère, il se montra le guerrier le plus intrépide et le chef le plus sage de l'armée des Troyens, qui le révéraient à l'égal d'un dieu. C'est lui et Hector qui servent de soutien aux Troyens et aux Lyciens, parce qu'ils surpassent infiniment les autres guerriers en valeur et en sagesse.
Dans Homère, Énée est pour les Troyens ce qu'Achille est pour les Grecs. De même qu'Achille, il est le fils d'une déesse. Comme lui, il possède des chevaux d'origine divine, issus des coursiers que Jupiter donna à Tros pour le dédommager de la perte de son fils Ganymède, qu'il avait enlevé. Et, tandis qu'Hector lui-même avoue qu'il est inférieur à Achille, Homère donne au fils de Pélée l'épithète de valeureux, parce qu'il ose marcher contre le vaillant Enée. Enfin, si Achille est en butte à la haine d'Agamemnon, Énée l'est à celle de Priam, car l'oracle avait prédit qu'il lui succéderait au trône. En défendant le corps de son ami Pandarus Énée montre la plus grande valeur, et quand il combat avec Idoménée, ce héros tremble devant lui. Terrassé par un quartier de roc que Diomède lui lance, et ayant la hanche fracassée, il ne peut plus combattre. Vénus vole à son secours, car il est son fils chéri, et lorsqu'elle-même, blessée par Diomède, se retire de la mêlée, Apollon vient secourir le héros, et le transporte dans son temple à Troie. Là il est soigné par Latone et par Diane, tandis que les Troyens et les Grecs poursuivent le combat en se disputant une ombre à laquelle Apollon avait prêté la forme d'Énée, jusqu'à ce que celui-ci pût reparaître au combat. Guéri par les soins de Latone et de Diane, Énée entre en lutte avec Achille, se trouve en danger, et Neptune, qui, ailleurs, est représenté comme l'ennemi des Troyens, le sauve d'une mort certaine.
Homère ne parle nullement d'une émigration de ce héros. Au contraire, il le considère, lui et ses descendants, comme les successeurs de Priam. L'auteur de l'hymne à Vénus, que quelques-uns attribuent à Homère, ajoute encore qu'Énée avait été élevé par les nymphes du mont Ida jusqu'à sa cinquième année, époque à laquelle il fut confié aux soins de son père.


Les traditions postérieures

Les traditions postérieures représentent le centaure Chiron comme précepteur d'Énée, et le héros lui-même comme n'étant point étranger au rapt d'Hélène. Dans le combat, il était inférieur à Hector, mais il surpassait tous les autres Troyens en prudence, de sorte que les Grecs nommaient Hector la main, et Énée, la tête des Troyens. Il tua de sa propre main vingt-huit ennemis. Quoique époux de Créuse, fille de Priam et d'Hécube, il n'était point aimé de la famille de ce roi, et surtout de Pâris. Les poèmes Cypriques nomment sa femme Eurydice.
Élien rapporte que la partie basse de la ville de Troie ayant été prise par les Grecs, Énée se retira avec les Dardaniens et quelques autres guerriers dans la citadelle, où étaient renfermés les dieux tutélaires de la patrie et les plus précieux trésors des Troyens. Après une défense opiniâtre, il se vit enfin obligé d'abandonner la citadelle à l'ennemi et de se retirer en ordre de bataille avec ses guerriers, les objets du culte, sa femme, ses enfants, et le peuple qui s'était réfugié auprès de lui. D'autres auteurs, loin de nous représenter Énée comme un héros, prétendent qu'il était absent lors de la prise de Troie. Ils l'accusent même d'avoir livré sa patrie aux Grecs, soit par jalousie, soit afin de conserver ses richesses. « De tous les Troyens, dit Tite-Live, Anténor et Énée furent les seuls que les Grecs ne traitèrent pas en ennemis. » Mais ce fait peut être attribué, ou à un ancien droit d'hospitalité, ou aux conseils de paix qu'Énée avait toujours donnés. Car, après l'enlèvement d'Hélène par Pâris, ce héros, prévoyant les tristes suites de cette violation des droits de l'hospitalité, fut toujours d'avis qu'on rendit la princesse à Ménélas, son mari.
Denys d'Halicarnasse, et, avec lui, plusieurs autres auteurs, rapportent qu'Énée, après de longues courses sur terre et sur mer, pendant lesquelles il bâtit plusieurs villes, arriva enfin en Italie, où, sur la foi d'un oracle d'Apollon, il fonda une ville sur le territoire des Aborigènes, en dépit de leur roi Latinus. Celui-ci étant en guerre avec les Rutules, force lui fut de recevoir les étrangers avec bienveillance, et ce fut avec leur secours qu'il repoussa ses ennemis. La ville fut bâtie, et reçut le nom de Lavinium. Énée épousa Lavinia, fille du roi, et alors les deux peuples, Aborigènes et Troyens, se confondirent, et reçurent le nom de Latins. Plus tard, les Rutules, commandés par Turnus, cousin de la femme de Latinus, Amate, secouèrent le joug qui leur avait été imposé. Un combat sanglant eut lieu, dans lequel Latinus et Turnus furent tués. Énée hérita du royaume de son beau-père, et régna pendant quatre ans. Il fut tué dans une bataille qu'il livra aux Rutules, assistés des forces de Mézence, roi des Tyrrhéniens. On ne put retrouver le corps d'Énée, soit qu'il eût péri dans le fleuve Numicus, soit que les dieux l'eussent enlevé de la terre. Les Latins lui érigèrent un monument et lui rendirent les honneurs divins. C'est de lui que les Romains, chez lesquels il était connu sous le nom de Jupiter Indiges, tiraient leur origine.


Les traditions virgiliennes

Virgile a fait d'Énée le héros d'un des plus beaux poèmes de l'antiquité. Il a suivi en général les traditions suivant lesquelles Énée quitta son pays et se rendit en Italie. Mais il les a amplifiées, changées, et brodées de mille manières.
Dans l'Énéide, Énée est représenté comme défendant avec valeur la ville embrasée contre les Grecs, qui y sont entrés par la ruse. Mais toute résistance étant devenue inutile, et le roi Priam lui-même ayant été immolé, Énée confie les dieux à son père Anchise, le charge sur son dos, et s'enfuit de la ville, accompagné de sa femme Créuse et d'Ascagne, son fils. Chemin faisant, la foule sépare Créuse de son époux, et celui-ci après l'avoir cherchée longtemps, ne retrouve que son ombre qui lui apprend sa mort. Alors il revient sur ses pas, et va rejoindre ses compagnons d'exil, avec lesquels, deux ans après la prise de Troie, il s'embarqua sur vingt vaisseaux à Antandros. D'abord il arriva à la côte de Thrace, sur laquelle il fonda une ville à la quelle il donna son nom. Mais, averti par une voix amie sortant du tombeau de Polydore, il s'éloigna promptement de cet endroit, qui lui serait devenu fatal, et se rendit à Délos, ou l'oracle lui apprit en termes obscurs quel pays les dieux lui destinaient. Anchise, se méprenant sur le sens de l'oracle, indiqua la Crète comme le lieu où les Troyens pourraient enfin goûter le repos. On s'y rend. Mais à peine Énée a-t-il commencé à y fonder une ville qu'une peste et l'avertissement des dieux Penates le forcent d'abandonner cette île. C'est seulement alors qu'il se propose l'Italie comme le but de son voyage. Mais ballotté sur les mers et rejeté d'île en île, il n'arrive en Sicile qu'après une navigation périlleuse, à la fin de laquelle Anchise meurt.
Pendant le trajet d'Italie en Sicile, Éole excite, à la prière de Junon, une tempête violente qui lit échouer le héros sur les côtes d'Afrique. Il aborda à Carthage, où la reine Didon l'accueillit avec la plus grande bienveillance. Bientôt même, charmée de sa valeur et de ses grandes qualités, elle conçut pour lui l'amour le plus violent et voulut l'épouser. Mais le héros troyen, après s'être oublié quelque temps à la cour de cette princesse, s'en éloigna secrètement par l'ordre des dieux. Les vents contraires l'ayant forcé de retourner en Sicile, il y célébra des jeux funèbres en l'honneur d'Anchise, mort dans cette contrée. Pendant cet intervalle, les femmes troyennes, lasses d'une si longue expédition et désirant rester en Sicile, obéissent à Junon qui leur avait ordonné de brûler les vaisseaux. Quatre furent consumés par le feu. Les autres ne furent sauvés que par une pluie violente envoyée par Jupiter. Averti en songe par son père, Énée bâtit la ville d'Acésic, y laissa les vieillards et les femmes, et se rendit en Italie avec ses meilleures troupes. Débarqué à Cumes, il alla trouver la sibylle, qui le conduisit aux enfers pour qu'il pût apprendre de son père sa destinée et celle de ses descendants.
Après une navigation de sept années, dans laquelle il perdit treize vaisseaux, il arriva sur les bords du Tibre. Latinus, roi de ce pays, le reçut avec amitié, et lui offrit sa fille Lavinie en mariage. A cette nouvelle, Turnus, roi des Rutules, que la reine Amate, épouse de Latinus, avait flatté de l'espérance d'épouser Lavinie, prit les armes, et entraîna plusieurs peuples voisins dans sa querelle. Vulcain, à la prière de Vénus, forgea des armes pour Énée. Après plusieurs actions sanglantes, dans une desquelles Jupiter transforma les vaisseaux d'Énée en nymphes marines pour les soustraire à l'incendie que Turnus méditait, la guerre finit par un combat singulier entre les deux rivaux, dans lequel Turnus perdit la vie.


La tradition d'Ovide

La tradition d'Ovide est, à quelques modifications près, la même que celle de Virgile. Mais il y ajoute l'apothéose du héros.


Les représentations d'Énée

A Ænée, en Macédoine, on faisait annuellement des sacrifices solennels en l'honneur d'Énée, qui avait des statues à Olympie et à Argos. Sur les gemmes, le héros est représenté couvert d'une peau de lion, portant son père sur ses épaules, et conduisant Ascagne par la main.
Dans la table Iliaque, Mercure précède le groupe où figure Créuse, ce qui ne s'accorde pas avec le récit du poète, suivant lequel la femme d'Énée est déjà séparée des siens, à la porte de la ville incendiée. Dans Quintus de Smyrne, c'est Vénus et non Mercure, qui sert de guide aux fugitifs. Une caricature, reproduite dans le tome IV des Piture d'Ercol., représente les acteurs de cette scène lugubre avec des têtes de chien.


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