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Le mythe de Junon (ou Héra ou Juno)



La fille de Saturne

Junon est la fille aînée de Saturne et de Rhée. Elle est également la sœur de Jupiter. Argos et Samos se disputaient l'honneur de l'avoir vue naître. Avalée par son père, ainsi que ses frères et sœurs, il la rendit au moyen du vomitif que Métis lui administra, et la jeune déesse, arrachée à la mort, fut confiée aux soins de l'Océan et de Téthys. D'autres traditions disent qu'elle fut élevée par les Heures, ou par les trois filles du fleuve Astérion: Eubée, Prosyimne et Acrée, ou enfin par l'arcadien Téménos, fils de Pélasgos, qui lui consacra trois temples, sous trois noms différents.


Son mariage avec Jupiter

Amoureuse de son frère Jupiter, elle l'épousa à l'insu de ses parents, en Eubée, à Cnosse, à Samos, ou sur le mont Thornax en Argolide. Une tradition qui avait cours dans ce pays rapporte que Jupiter, voulant surprendre le consentement de sa sœur, s'était transformé en coucou et réfugié dans le sein de l'imprudente déesse, qui fut forcée de se donner à lui lorsqu'il reprit tout à coup sa première forme. Ce furent les Grâces ou Iris qui préparèrent la couche nuptiale des divins époux, auxquels chacun des dieux fit un présent de noces. Celui de la Terre fut le merveilleux arbre aux fruits d'or, confié aux Hespérides. Chéloné refusa seule d'assister à l'hiérogamie.
Par son mariage avec Jupiter, Junon devint la femme du roi des dieux, mais non la reine des dieux, comme la représentent les traditions postérieures à l'époque homérique. Dans l'Iliade, elle ne partage nullement les attributions de Jupiter, et se rapproche de lui uniquement en ceci, qu'elle peut donner la faculté prophétique. Encore ne garde-t-elle pas ce privilège dans les époques plus modernes, ou elle apparaît seulement comme déesse-oracle. Soumise, ainsi que les autres habitants de l'Olympe, à la puissance du fils de Saturne, qui, suivant Homère, appesantit quelquefois sa main sur elle, les traits saillants de son caractère sont un penchant très prononcé à la jalousie, à l'orgueil, à l'opiniâtreté. Son humeur, querelleuse trouble souvent la paix du ménage divin. Elle osa même un jour, d'intelligence avec Neptune, conspirer contre Jupiter. Le dieu ne s'en tint pas aux menaces pour lui faire sentir sa supériorité. Il la suspendit entre le ciel et la terre, au moyen d'une chaîne d'or, une lourde enclume pesant à chacun de ses pieds.
Le plus souvent, Junon, effrayée du courroux de son mari, garde en elle son mécontentement. Là, cependant, où sa violence serait sans effet, elle emploie la ruse. Ainsi, pour tromper Jupiter et l'empêcher de s'opposer au dessein de Neptune, qui veut secourir les Grecs, l'artificieuse déesse emprunte à Vénus la magique ceinture qui contient tous les charmes secrets de l'amour. Au moyen de ce talisman, elle endort Jupiter sur l'Ida. Elle se retira un jour dans l'île d'Eubée, mais Cithéron la réconcilia avec son époux.


Une déesse chaste

Essentiellement chaste et pudique, Junon est la seule des déesses de l'Olympe qui, suivant les légendes primitives, n'ait jamais été infidèle à son époux. Aussi, quoique mère de trois enfants, Hébé, Mars et Vuleain, n'a-t-elle pas perdu son caractère de vierge. C'est en quelque sorte une vierge-épouse. Elle apparaît visiblement sous cette face dans l'Iliade, où Homère la désigne par les épithètes, très caractéristiques, de pais, de parthénia, et une tradition, rapportée par Pausanias, dit qu'elle recouvrait chaque année sa virginité en se baignant dans les eaux de la source de Canathos. On l'adorait, d'ailleurs, à Hermione et à Platée sous le nom de Junon Parthénia.
Plus tard on méconnut complètement ce côté essentiel du caractère de l'altière déesse, en la faisant mère d'Eurymédon, né d'un commerce criminel avec Prométhée, et en lui supposant des relations amoureuses avec Palique et avec le bel Aétos, qui fut changé en aigle. A la période posthomérique appartiennent encore les traditions qui font naître Hercule et les Grâces de Junon et de Jupiter, et Mars de la déesse seule, qui le conçut en respirant une fleur. Ce singulier mode de conception se reproduisit une seconde fois et fut suivi de la naissance d'Hébé. Cette fois seulement, c'était une laitue que Junon avait respiré. Enfin l'Hymne à Apollon suppose qu'elle enfanta Typhon, pour se venger de ce que Jupiter avait fait apparaître Minerve au monde sans son concours.
Sans cette distinction, qu'il importait d'établir entre les traditions des âges, divers, on s'expliquerait difficilement comment la sévère institution du mariage eût été mise sous la présidence d'une déesse dissolue. Nous venons de voir que tel n'était pas son caractère dans l'origine. Aussi Junon présidait-elle aux mariages et aux naissances et avait-elle pour filles les Ilithyies, sur les attributions desquelles elle empiétait quelquefois.
Postérieurement à Homère, on altéra le caractère primitif de la déesse, en en conservant cependant l'élément principal. Ainsi Junon fut toujours regardée comme la personnification du mariage, soit qu'elle fût représentée comme Lucina, Matrona, ou comme Pronuba. Mais on agrandit peu à peu son pouvoir, aux dépens de celui de Jupiter, et l'on en fit une parèdre du fils de Saturne. C'est ainsi que Diane est la parèdre d'Apollon. En outre on la regarda comme la reine du ciel et des astres (Dea Urania, Cœlestis) et les physiciens l'identifièrent avec l'air, tandis que les croyances populaires l'assimilaient à Cérès, à Diane et à Proserpine.


La fureur de Junon

L'orgueil offensé de Junon fut une des principales causes de la guerre de Troie. Irritée contre Pâris, elle se rangea du parti des Grecs, et poursuivit les Troyens de sa haine implacable. Dans l'Iliade, elle paraît souvent avec Minerve, au milieu de la mêlée adverse aux Troyens et veillant sur la vie d'Achille et d'Agamemnon. Ardente dans ses haines comme dans ses amitiés, elle poursuivit longtemps Hercule de ses fureurs, et protégea Jason, et les Argonautes, qui construisirent leur navire d'après ses instructions. Athamas, Io, Bacchus, Énée, Latone, etc., eurent à souffrir de ses fureurs. Elle se changea en vache blanche, suivant Ovide, lors de l'attaque des Titans. Comme femme du maître des dieux, elle jouissait de privilèges spéciaux.


Le culte de Junon

On sacrifiait à Junon des taureaux, des génisses blanches, des veaux, des béliers, des porcs. A Sparte et à Corinthe, on lui offrait des chèvres. Le coucou, la corneille, l'oie, le grenadier, et plus tard le paon, lui étaient consacrés. Le culte de Junon était l'un des plus répandus, et avait couvert la Grèce de temples qui lui étaient souvent communs avec Jupiter. Cette déesse jouait déjà un rôle important dans le système religieux des Pélasges, qui l'adoraient à Iolcos (Héra Pélasgis). Mais on l'invoquait surtout à Mycènes, à Sparte et à Argos. Son temple le plus célèbre était situé entre Argos et Mycènes, dans la vallée du mont Eubée. Le vestibule de cet édifice, si célèbre dans l'antiquité, renfermait d'antiques images des Grâces, le lit de Junon, et le bouclier que Ménélas enleva à Euphorbe. Dans l'intérieur, on voyait une statue d'ivoire et d'or, œuvre de Polyclète, qui avait représenté la déesse avec des proportions gigantesques et assise. Sa tête supportait un diadème sur lequel l'artiste avait figuré les Grâces et les Heures. D'une main elle tenait une pomme de grenade et de l'autre un sceptre dont la garde était surmontée d'un coucou. C'était près de ce temple qu'on célébrait tous les cinq ans les Hérées, où le vainqueur recevait un bouclier et une couronne de myrte. Une fête du même nom avait lieu à Corinthe, mais on y joignait un sacrifice funèbre en mémoire du meurtre des enfants de Médée massacrés par les Corinthiens.
A Samos, Junon avait un magnifique temple, bâti par Rhœcus. Une tradition en attribuait la fondation aux Argonautes, qui auraient apporté d'Argos l'image de la déesse, mais les Samiens revendiquaient pour leur ville l'honneur d'avoir vu naître l'épouse de Jupiter. Le temple de Samos jouissait du droit d'asile. On célébrait auprès les Tonées.
Les autres lieux célèbres par le culte qu'on y rendait à Junon étaient Sicyone, Olympie qui célébrait des Hérées où les jeunes filles se disputaient le prix de la course, Épidaure, Hérée en Arcadie, Mantinée, Hermione, Ægium où la prêtresse seule pouvait contempler l'image de la déesse, Pharyges, Cos, Égine, Corcyre, l'Eubée, Byzance, Sybaris, Syracuse, Athènes, Coronée où elle était représentée tenant les Sirènes, Platée enfin, qui célébrait en son honneur les Dédales ou Dédalies.
Le culte de Junon n'était pas moins répandu en Italie, où les traditions grecques se mêlèrent aux légendes relatives à la déesse étrusque Cupra. Cette divinité, qui faisait partie des dieux consentes, était adorée par les Tusques comme lançant la foudre et comme génie tutélaire des femmes. Son culte fut transporté de Véies à Rome, où on l'adora d'abord sur l'Aventin. Le mois de juin et les calendes de chaque mois lui étalent consacrés. On lui sacrifiait des porcs et des agneaux, et ses fêtes offraient en général beaucoup d'analogie avec celles de la déesse grecque. Après la fusion des deux cultes, les habitants de l'Italie continuèrent de voir dans la Junon romaine une divinité protectrice des femmes, qui lui sacrifiaient surtout à leurs anniversaires. La Cupra étrusque avait un temple près de Picenum, suivant Strabon. Les autres villes d'Italie qui avaient élevé des temples en l'honneur de Junon étaient, outre Rome, Faléries, Lanuvium, Aricie, Laurente, Tivoli, Préneste, Padoue, Célenna.
Chez les Hénètes, elle avait un bois sacré dans lequel les animaux les plus féroces vivaient en paix. En Lucanie, on voyait un temple qui lui avait été élevé par Jason. Enfin, on l'honorait à Carthage et en Espagne.
Les Spartiates adoraient une Junon-Vénus (Aphrodite-Hera), à laquelle les mères sacrifiaient, le jour des noces de leurs filles.


Les représentations de Junon

Homère la représente habitant une chambre que son fils Vulcain lui a construite, et dont les portes sont munies d'une serrure cachée, qu'aucun autre dieu qu'elle ne peut ouvrir. Elle a pour parure une robe tissue et brodée par Minerve, une ceinture ornée de mille franges, des boucles d'oreilles garnies de trois pierres qui brillent comme des yeux, un beau voile et de magnifiques chaussures. Hébé et les Heures ont le soin de son char, dans lequel elle traverse les nues emportée par deux rapides chevaux ou par un lion. Ses armes sont l'ouvrage de Phoronée, fils d'Inachus, selon Hygin.
C'est, dit-on, Polyclète qui créa l'idéal de cette déesse, que les anciens représentaient comme une femme d'une haute stature et d'une beauté remarquable, aux yeux bien fendus et très ouverts, aux traits majestueux et imposants. Sa chevelure épaisse supporte tantôt le Stéphanos (large bandeau orné de reliefs), tantôt la Stéphane (diadème en forme de visière relevée). Comme fiancée de Jupiter, elle porte le voile nuptial, attaché sur le derrière de la tête. Sa tunique ne laisse exposés aux regards que le cou, la tête et les bras. De plus, elle est à demi enveloppée d'un manteau, qui ne repose ordinairement que sur une épaule et lui serre la taille. Ses attributs sont le voile, le diadème, le sceptre, le paon, le coucou. Il ne nous reste qu'une statue représentant Junon allaitant un jeune enfant, Hercule ou Mars.
La Junon romaine est proprement la Juno Sospita des habitants de Lanuvium qui figuraient cette déesse sous une forme guerrière. Chez eux, elle portait le bouclier et la lance. Son corps était recouvert d'une double tunique et d'une peau de chèvre enveloppant en partie la tête, sur laquelle reposait un diadème.
Il nous est parvenu de cette déesse plusieurs statues et quantité de bustes d'un travail exquis, parmi lesquels nous citerons celui de la Villa Ludovisi. On la trouve aussi sur des médailles et des monnaies.


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