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Le mythe de Memnon



Un héros grec

Memnon est un célèbre héros de la mythologie grecque. Il n'est pas question de lui dans l'Iliade. L'Odyssée seule en fait mention, pour lui donner l'épithète du plus beau des guerriers et pour dire qu'il tua Antiloque. Encore est-il douteux que le vers où se trouve le nom de ce dernier se rapporte à Memnon. Il y est seulement parlé du fils de la brillante Aurore, qu'Homère ne caractérise nullement par le titre de prince des Éthiopiens. C'est Hésiode qui, le premier, qualifie ainsi Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore. Telle est la base étroite sur laquelle les poètes posthomériques, tels qu'Arctinus, auteur de l'Éthiopide, fondèrent de longs récits sur Memnon, qui, suivant eux, périt de la main d'Achille devant Troie, où il s'était rendu avec une armée d'Éthiopiens, c'est-à-dire d'Asiatiques, car le nom d'Éthiopie dans Arctinus, Pindare, Simonide, etc., désigne constamment la région de l'Asie située à l'orient de l'Euphrate.
Les traditions qui font venir le fils de l'Aurore de la Susiane prouvent l'identification de ce personnage mythologique avec quelque héros asiatique dont on ignore le nom, et les légendes populaires rapportées par Pausanias et Diodore nous montrent comment les evhéméristes des derniers âges s'embarrassaient peu de concilier avec le bon sens la prétendue réalité des mythes de l'antiquité, altérés dans la suite des temps. Ainsi l'un rapporte que Memnon l'Éthiopien se rendit de sa terre natale en Egypte, de là à Suze, puis enfin à Troie. Selon un autre, il conduisit à Troie des Éthiopiens et des Indiens, qui descendirent des versants du Caucase pour prendre part à la grande lutte entre l'Europe et l'Asie. Une légende formellement contraire à la tradition homérique, mais qui avait déjà cours du temps de Platon, prétend que Tithon n'était qu'un satrape de Perse dépendant du roi d'Assyrie, Teutamus, lequel tenait la Troade sous sa domination. Ce satrape envoya son fils Memnon, à la tête de cent mille Éthiopiens, d'autant de Susiens et de dix mille chars, secourir Priam. Enfin, suivant Servius, Priam s'acquit la bienveillance de Tithon en lui envoyant un cep d'or.


Les nombreux mythes relatifs à Memnon

Quoiqu'il en soit, voici ce que les mythologues racontent du fils de l'Aurore. Antiloque, fils de Nestor, se précipitant auprès de son père, dont Pâris venait d'abattre un des chevaux d'un coup de flèche, rencontre dans sa route Memnon, qui le tue. Achille, furieux, se précipite sur le vainqueur. Jupiter pèse leurs deux destinées dans une balance, le plateau de Memnon s'abaisse, et il est tué, selon Pindare. D'après Diodore, ce fut dans une retraite des Thessaliens que Memnon périt. Ou bien il fut tué par Achille, comme il appelait ses Éthiopiens à son secours contre Ajax, qui le pressait vivement. L'Aurore, au désespoir, demanda au maître des dieux que son enfant fût immortel. Chaque matin elle le pleure, et ses larmes forment la rosée.
Les poètes font aussi mention des oiseaux memnonides, nés des cendres du fils de l'Aurore. Dans les peintures de la Lesché de Delphes, ces oiseaux étaient figurés sur la chlamyde du héros. Et l'on disait que tous les ans, à certains jours, ils venaient nettoyer avec soin son monument, et l'arroser de l'eau de l'Æsépus, dont ils humectaient leurs plumes.
D'autres traditions rapportent qu'ils se battaient jusqu'à la mort sur le tombeau de Memnon, lequel se trouvait en Troade, à Paphos, à Paltos, à Suze, où l'Aurore, sa mère, avait fait transporter son corps. Les légendes grecques et asiatiques lui attribuaient d'ailleurs de grands travaux de construction. Ainsi, il avait bâti des murs à Babylone et fondé Suze, ville à laquelle on avait donné son nom et où il avait construit de magnifiques édifices dits Memnoniens ou Cissiens, du nom de la satrapie dont Suze était la capitale. De plus, une route en Assyrie portait son nom, et l'on montrait encore, en Phrygie, du temps de Pausanias, l'endroit où il avait passé avec sa nombreuse armée. Les compilateurs des époques récentes, tels qu'Hygin et Cassiodore, ont été jusqu'à faire de Memnon un architecte et à lui attribuer la construction du palais de Cyrus à Êcbatane.


La légende de Memnon en Ethiopie

A partir de l'époque Alexandrine, on commença à rattacher la notion de la véritable Éthiopie au mythe de Memnon, ce qui apporta une confusion notable dans l'ensemble et dans les détails d'un cycle déjà si diffus. Des circonstances nouvelles y furent ajoutées et rattachées à des localités de l'Egypte ou de l'Ethiopie.
A cette époque appartient une fable rapportée par Athénée. Suivant cet auteur, Tithon avait envoyé à Troie une armée d'Éthiopiens, pour aller au secours de son fils. A peine les soldats étaient-ils parvenus jusqu'à Abydos, qu'ils apprirent la mort du héros. Interrompant leur marche, ils déposèrent leurs couronnes sur les acacias qui décoraient le Téménos du temple.
Une fois installé en Egypte, et principalement à Méroé, résidence des Éthiopiens Macrobiens, suivant Pline et Strabon, Memnon alla bientôt jusqu'à perdre son caractère primitif. Ainsi, selon Damis, il n'avait jamais été à Troie. Il avait vécu et il était mort à Méroé, après un règne glorieux de cinq âges d'homme. Les Égyptiens l'honoraient d'un culte particulier, à ce que prétend Héliodore, et il laissa son nom à une nation éthiopienne, selon Pline et Ptolémée. Comme il était difficile cependant, pour ceux qui ne voulaient pas nier la vérité des traditions grecques sur Memnon, d'expliquer comme ce prince éthiopien avait pu passer en Asie, y élever des monuments, puis se rendre à Troie, on imagina deux héros du même nom, l'un fils de l'Aurore, neveu et auxiliaire de Priam, l'autre roi éthiopien, qui vécut et mourut en Éthiopie.
La translation en Éthiopie de ce personnage purement grec fut aidée par une homonymie singulière. Les quartiers des tombeaux, à Thèbes, se nommaient Memnonia. Les Grecs pensèrent aussitôt à leur Memnon. Le fameux colosse fut la statue de ce héros, et le craquement sonore qu'elle faisait entendre lorsque l'ardeur des rayons du soleil, succédant au froid de la nuit, lui faisait subir une dilatation, fut la voix de Memnon, qui répondait à sa mère. Callistrate prétendit même que Memnon faisait entendre un son plaintif à l'approche de la nuit. Il est reconnu aujourd'hui que la prétendue statue de Memnon n'est autre qu'une statue d'Aménophis II.


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